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Le fond de la ville est toujours dans le brouillard et je veille sur tous mes êtres chers.
Dans ce paysage s’élèvent les volutes de fumée des cheminées, quelques oiseaux passent. J’entends les bruits de moteur des voitures et des cars, mais aussi les cloches qui nous indiquent le temps qui passe. Cette solitude pendant une heure fait du bien, a fortiori quand on a la sensation d’être entre ciel et terre. On veille sur la ville, on veille sur les autres et on veille sur soi.

C’est une belle expérience, et merci à tous.

La ville est dans le brouillard. La lumière vient de ce cadre incomplet qui se reflète dans la vitre. Un flou que vient percer des surprises – le vol d’un oiseau, le cri d’un enfant – et qui nous ramènent au corps, à la présence dans l’attente. Le son des cloches qui rappellent le temps, c’est bientôt la fin. Le brouillard est toujours là mais désormais plus diffus et lumineux à mesure que le jour se lève.

Une pensée pour les veilleurs qui me précèdent et ceux qui viendront, et pour celles et ceux sur qui l’on veille !

Veiller. C’est ma mission de ce soir. Une place stratégique, un moment unique.
J’ai donc accompli ma mission, aussi bien que je le pouvais. Beaucoup de pensées sont venues m’interpeller pendant cette heure de veille. Je les livre ici, en vrac.

La ville de Beauvais, mon lieu d’habitation, je l’aime beaucoup. Ce qui fait du bien, ce sont les liens, l’interaction entre les personnes. Beaucoup abusent de leur place spéciale. C’est une aberration. Plus on monte haut, plus on est visible. Il faut donc avoir conscience de son influence et être responsable, exemplaire.

Un petit geste peut procurer une grande joie. Nous aimons être remarqués, considérés. J’ai besoin de plus de moments comme cette heure, pour être et rêvasser.

Ce fut un moment très agréable. J’ai pu admirer ma ville que j’aime tant, sous cette petite brume matinale.
Cette veille m’a permis de rendre grâce à un être cher : toi, mon cousin, qui s’en est allé hier sur la pointe des pieds. Je réalise combien notre vie sur terre est précieuse. Plus qu’une introspection, un hommage à la vie, vue du ciel.

Une heure avant la nuit. Une heure sans scroller la vie, sans distractions. L’ennui arrive, léger, presque bienvenu ; il se mêle au banal. Rien d’extraordinaire, mais tout est vivant. Ne rien faire, juste regarder, suffit à retrouver le plaisir du vide, du rien, de l’ennui : le plaisir d’être là.

Une minute, ce n’est rien dans une vie… Alors que faire d’une heure… pas plus, pas moins… si ce n’est que de penser : à soi, aux autres, à cette ville, à cette vue…
Verlaine m’a inspiré dans ce temps, et j’emprunterais volontiers ces mots, bien meilleurs que les miens :

Je veille sur ma ville
Comme il pleut sur la ville :
Quelle est cette longueur qui pénètre dans mon cœur ?
O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Par un cœur qui s’ennuie
O chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure
Quoi ! Nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !

Bon. J’espérais un grand lever de soleil. Mais il y avait du brouillard. Vue bouchée. Dedans. Dehors. J’ai tout bien étudié. Et puis il y a ce parking. Il est plein. Des voitures arrivent, cherchent une place. La place. Il n’y en a pas. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On s’en va ? Ou on attend ? Certains ont attendu puis sont partis. Certains ont attendu, guetté la place qui se libérait, la place. Leur place. Et ils l’ont eue. Les personnes qui quittent leur place de parking pour aller ailleurs, faire autre chose, n’en ont plus rien à faire de leur place. Et elles n’ont rien à faire non plus de qui prend leur place. Elles partent chercher une autre place, ailleurs…

« Vanités, toutes sont vanités. Les générations se succèdent. Le soleil se lève et se couche, puis se lève, puis se couche… ». J’ai arrêté de fumer il y aura bientôt 30 ans et là, j’ai très envie de reprendre la cigarette !

Une heure plus tard, la nuit tombe, pas vraiment une obscurité, plutôt un voile gris qui recouvre la ville, un mois d’hiver, un mois de pluie, un ciel gris, un gris picard aux multiples nuances.

Une heure à soi, une heure isolée, un luxe aujourd’hui.

Il y a presque 40 ans, cette même heure se passait à la guérite d’une caserne. Autre temps, autre lieu, autre époque. Une heure à observer, à remarquer. Pas d’enfants dans la rue. On a l’impression qu’ils ont disparu. Bien sûr, des passants, des jeunes, des personnages âgés, mais pas d’enfants. Et des voitures, peu de circulation, mais omniprésence de la voiture.

C’est là que le militant revient. Qu’a-t-on fait pour donner autant de place à cette voiture ? Comment a-t-on pu déléguer ainsi la plupart de nos déplacements à cet objet, lui donner autant d’importance ?

Ce n’est pas ce soir que j’aurai la réponse, la nuit tombe. Il est temps de quitter le théâtre et de reprendre le cours de la vie.

Merci pour cette parenthèse.

Un vrai moment d’intimité… Les yeux rivés sur le monde extérieur.
On se sent à la fois visible et invisible !
Les sens en éveil… La vue sur Beauvais, l’odeur du bois, le bruit des oiseaux et des cloches de l’église…

Merci de nous offrir cette belle expérience !

Très belle expérience, moi qui suis curieuse et prête à expérimenter pas mal de moments, celui-ci en étant un.
J’ai pu observer la ville, ou tout au moins une partie, sous un ciel bleu magnifique et un soleil dont les rayons se reflétaient sur les bâtiments et les végétaux. Autrement, il est plaisant de s’apercevoir de la vie qui règne en dessous de soi.
Petits plaisirs en adressant un bonjour aux passants qui observent en levant les yeux, car souvent nous regardons à hauteur de soi, mais pas trop en observant davantage ce qui nous entoure.

Merci de m’avoir laissé participer à cette chaîne humaine.

Le ciel est bleu pastel, beaucoup de nuages au début de la veille, puis les contours deviennent plus nets.

J’observe les oiseaux en vol à ma hauteur et les avions qui partent vers d’autres horizons.
En ce samedi matin, les cabas et chariots roulants sont nombreux à se diriger vers la place du marché, impatients, me semble-t-il, d’échanger avec les commerçants.
J’envoie du soutien et de la bienveillance à toutes les personnes dont j’observe la journée qui démarre, et cela m’emplit de joie.
Je mesure mon attachement à cette ville dans laquelle je suis devenue jeune adulte et maman.

Elle a été le théâtre de nombreux de mes apprentissages. Gratitude pour toutes les personnes passionnantes que j’y ai rencontrées et merci pour ce projet !

Investie d’un pouvoir, celui de veiller sur la ville… Tout était calme.
Un bel arc-en-ciel est venu me saluer, un avion a décollé et je me suis repérée dans l’espace, en me disant que le centre-ville n’était pas très grand et que les quartiers l’entourant faisaient la ville.
Partir d’une idée saugrenue (celle de veiller sur Beauvais)… peut amener à réfléchir sur soi ! Méditer.

Il pleut sur Beauvais…

Pas de couleurs époustouflantes ce matin-là, un épais manteau gris enveloppe la ville. La veille commence. Il fait bon dans cet objet-abri, ça sent bon, la lumière est douce, on se sent protégée. Alors, à moi de veiller.

La ville se prépare pour une nouvelle journée : énormément de bus, des écoliers, des voitures qui tournent désespérément sur le parking du parvis pour trouver une place, quelques maîtres avec leurs chiens font une promenade matinale. Bon, pas de dangers apparents. Mon regard se lève, il parcourt les immeubles, les toits et va vers le ciel. Les oiseaux sont déjà là, quelques-uns commencent à chanter, les avions sont là aussi, nombreux, très nombreux. Et juste en face de l’abri, l’église de Marissel. Y a-t-il quelqu’un qui veille sur la ville de l’autre côté ?

Finalement, veiller, c’est peut-être prendre de la hauteur, prendre du recul (Beauvais est fait pour ça) et, de cet endroit-là, être attentive au détail, au présent, au lien avec la ville et chacun de nous à travers elle, tisser avec la nôtre.

22/01/26 (22/01/62) des anagrammes de dates d’anniversaires.

Quand on espère voir le ciel, bien le regarder, bien le scruter.
Quand, pendant toute une heure, il n’y aura pas eu un moment sans ce bleu clair, ce bleu d’été, le bleu des toiles de Van Gogh (fleurs japonisantes).
La luminosité toujours un peu, puis parfois ces gros nuages blancs et, au-dessus, en crayonné à la pointe sèche, faits de cercles serrés, un chat, des visages proches… et toujours la lumière… puis un miracle, une luminosité sortant du sol, flamboyante, un arc-en-ciel.
Oui, un don d’en haut pour une terrienne, plutôt pour une terrestre…

Je regardais le paysage. Je voyais la ligne d’horizon au loin. Tout à coup, la cabine s’est transformée en planète. Je devenais un petit prince, avec une petite renarde imaginaire à côté de moi. Je lui ai dit : « Dessine-moi une montagne… ! »