Afficher le menu

La ville est dans le brouillard. La lumière vient de ce cadre incomplet qui se reflète dans la vitre. Un flou que vient percer des surprises – le vol d’un oiseau, le cri d’un enfant – et qui nous ramènent au corps, à la présence dans l’attente. Le son des cloches qui rappellent le temps, c’est bientôt la fin. Le brouillard est toujours là mais désormais plus diffus et lumineux à mesure que le jour se lève.

Une pensée pour les veilleurs qui me précèdent et ceux qui viendront, et pour celles et ceux sur qui l’on veille !

Ce fut un moment très agréable. J’ai pu admirer ma ville que j’aime tant, sous cette petite brume matinale.
Cette veille m’a permis de rendre grâce à un être cher : toi, mon cousin, qui s’en est allé hier sur la pointe des pieds. Je réalise combien notre vie sur terre est précieuse. Plus qu’une introspection, un hommage à la vie, vue du ciel.

Bon. J’espérais un grand lever de soleil. Mais il y avait du brouillard. Vue bouchée. Dedans. Dehors. J’ai tout bien étudié. Et puis il y a ce parking. Il est plein. Des voitures arrivent, cherchent une place. La place. Il n’y en a pas. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On s’en va ? Ou on attend ? Certains ont attendu puis sont partis. Certains ont attendu, guetté la place qui se libérait, la place. Leur place. Et ils l’ont eue. Les personnes qui quittent leur place de parking pour aller ailleurs, faire autre chose, n’en ont plus rien à faire de leur place. Et elles n’ont rien à faire non plus de qui prend leur place. Elles partent chercher une autre place, ailleurs…

« Vanités, toutes sont vanités. Les générations se succèdent. Le soleil se lève et se couche, puis se lève, puis se couche… ». J’ai arrêté de fumer il y aura bientôt 30 ans et là, j’ai très envie de reprendre la cigarette !

Un vrai moment d’intimité… Les yeux rivés sur le monde extérieur.
On se sent à la fois visible et invisible !
Les sens en éveil… La vue sur Beauvais, l’odeur du bois, le bruit des oiseaux et des cloches de l’église…

Merci de nous offrir cette belle expérience !

Le ciel est bleu pastel, beaucoup de nuages au début de la veille, puis les contours deviennent plus nets.

J’observe les oiseaux en vol à ma hauteur et les avions qui partent vers d’autres horizons.
En ce samedi matin, les cabas et chariots roulants sont nombreux à se diriger vers la place du marché, impatients, me semble-t-il, d’échanger avec les commerçants.
J’envoie du soutien et de la bienveillance à toutes les personnes dont j’observe la journée qui démarre, et cela m’emplit de joie.
Je mesure mon attachement à cette ville dans laquelle je suis devenue jeune adulte et maman.

Elle a été le théâtre de nombreux de mes apprentissages. Gratitude pour toutes les personnes passionnantes que j’y ai rencontrées et merci pour ce projet !

Il pleut sur Beauvais…

Pas de couleurs époustouflantes ce matin-là, un épais manteau gris enveloppe la ville. La veille commence. Il fait bon dans cet objet-abri, ça sent bon, la lumière est douce, on se sent protégée. Alors, à moi de veiller.

La ville se prépare pour une nouvelle journée : énormément de bus, des écoliers, des voitures qui tournent désespérément sur le parking du parvis pour trouver une place, quelques maîtres avec leurs chiens font une promenade matinale. Bon, pas de dangers apparents. Mon regard se lève, il parcourt les immeubles, les toits et va vers le ciel. Les oiseaux sont déjà là, quelques-uns commencent à chanter, les avions sont là aussi, nombreux, très nombreux. Et juste en face de l’abri, l’église de Marissel. Y a-t-il quelqu’un qui veille sur la ville de l’autre côté ?

Finalement, veiller, c’est peut-être prendre de la hauteur, prendre du recul (Beauvais est fait pour ça) et, de cet endroit-là, être attentive au détail, au présent, au lien avec la ville et chacun de nous à travers elle, tisser avec la nôtre.

Je regardais le paysage. Je voyais la ligne d’horizon au loin. Tout à coup, la cabine s’est transformée en planète. Je devenais un petit prince, avec une petite renarde imaginaire à côté de moi. Je lui ai dit : « Dessine-moi une montagne… ! »

Une fenêtre sur le monde. Un tout petit morceau du monde.
Fourmilière, chacun s’affaire, suit son chemin, son quotidien. Petite fourmi, suspends ton geste, connecte toi à l’instant présent, sens le pouls de la vie en toi.
Une fenêtre sur le monde, un tout petit morceau du monde.

Je veille telle une gardienne, je t’envoie ma lumière tel le premier rayon du soleil, qu’elle puisse te révéler ta propre lumière.
Je veille telle une gardienne impuissante et bienveillante. Je me prends à rêver que tu prendras ta propre responsabilité, que tu accompliras ta destinée en conscience.
Je me prends à rêver qu’en faisant briller leur lumière du cœur, les hommes apprendront la fraternité, alors ils comprendront le sens du mot égalité et seront enfin libres.

Une fenêtre sur le monde propage mon rêve éveillé.
Merci.

Que dire ? D’abord Wouah ! Beauvais ouest dans la grisaille du matin avec quand même un petit coucou du soleil qui a illuminé un court instant les rues embouteillées.

J’ai pu voir le Mont-César et la boutonnière du Pays de Bray (vieille leçon de géographe de mon enfance. Les églises sont là aussi pour veiller sur nos « bonnes âmes » : Saint Etienne, Saint Joseph, Marissel. Mais la chambre du commerce nous rappelle à la vie consumérise de notre société.

Sinon je n’ai pas vu Jeanne Hachette et le sieur Colin. Ils ont dû se perdre dans les méandres de l’histoire ! Vivement juin !

La ville de Beauvais se réveille de bon matin. Le temps est un peu brumeux, mais les rayons du soleil parviennent à percer la brume et les nuages.

Les cheminées fument et s’activent à réchauffer les Beauvaisiens contre ce froid matinal et hivernal.
Deux pigeons sont venus me saluer, me souhaitant une bonne journée.
Les habitants prennent la route du travail et vaquent à leurs occupations quotidiennes.

En veillant sur eux, je me suis senti tel un super-héros de comics protégeant la ville.

J’ai veillé et je me suis sentie veillée par Josselin. C’est fou comme c’est si beau de sentir que quelqu’un prend soin de nous en nous laissant l’espace, la place. Respecter la solitude de l’autre. Être avec, simplement, calmement, sans complexités.

Un passant m’a saluée avec la main. Ce geste m’a fortement touchée, pourquoi ? Il est venu confirmer mon existence, peut-être : être saluée par un inconnu de loin, naturellement, en passant, ça n’arrive pas tous les jours finalement. Chacun a son chemin de vie, et c’est beau et tellement puissant de pouvoir simplement considérer l’existence de l’autre.

Faire le vide en moi. Accepter de ne pas remplir mon espace interne par des pensées, accepter ce vide de la pensée, le savourer, laisser cet espace grandir, ne pas en avoir peur. Ne rien faire au dehors de moi. Pourquoi ai-je peur de devenir bête quand je sens ce vide dans ma tête ? Bizarre !

Je me suis ennuyée aussi, pourquoi pas !

Plaisir d’être là et impatience de retrouver ma petite famille ce soir après ces jours d’absence.

La lumière s’est levée, mais le soleil ne m’a pas saluée : il est resté caché, ses rayons m’ont manqué.

Samedi, visiblement, c’est le jour du marché à Beauvais : tout le monde a ses cabas et ses chariots.

Mon corps est fatigué des spectacles des deux derniers jours, mais qu’est-ce que j’aime cette sensation : fatigue et ancrage, courbatures et liberté. Ma peau vibre encore de l’énergie scénique. Miam, miam.

Veilleuse à mon tour ce matin, je ne peux m’empêcher de croire aux signes et à la lumière qu’ils éveillent… Ici, sur la page de gauche du cahier que je tiens désormais entre mes mains, sont couchés les « mots témoignages » d’un veilleur qui était aussi, hier soir, mon voisin de gauche à table, lors de ce dîner partagé entre spectateur·rices et équipe artistique dont je faisais partie.

Je suis profondément émue, touchée par ce tissage de liens, par cette résonance belle et inattendue que j’habite ce matin.

Je suis frappée par le bruit de la ville en éveil, par la multitude de mouvements de véhicules en tout genre qui attirent mon œil à cause de leurs lumières blanches et rouges, encore puissantes à cet instant de l’aube tant l’obscurité enveloppe encore la ville.

Puis l’irréel surgissement d’un avion au loin et sa disparition si soudaine dans l’épaisseur du ciel nuageux, gris, sombre, déplacent rapidement mon regard et mon attention. Me vient alors à l’esprit que bientôt le soleil se lèvera à l’horizon, comme si, d’évidence, l’abri était orienté de manière à ce que cet événement s’inscrive en face de moi. Mais non, bien sûr ! Alors quelque chose comme une angoisse douce s’empare de moi, cherchant à lire le ciel et le paysage pour savoir où se trouve l’Est !

Enfin, quelques lueurs plus intenses de lumière jaune d’or semblent s’intensifier sur la droite du vitrage. Je suppose rapidement que le soleil se cache derrière l’épaisse couche de nuages et que, dès lors, nous sommes plus ou moins orientés nord-est. Ouf, enfin mes yeux peuvent quitter un instant l’horizon et, me tournant vers l’intérieur de l’abri et du bâtiment, j’expérimente de sonder le reflet du paysage de cette ville dans l’autre vitrage de l’abri : le ciel semble plus bleu, le rythme plus doux et lent.

Le soleil me sort de cette rêverie et je ne cesserai, à partir de ce moment, de suivre son chemin d’ascension à travers les multiples strates de nuages en mouvement permanent. Il me semble qu’il cherche sa place, lui aussi, ce matin. Je perçois alors la ligne d’horizon comme un fil tendu cherchant à relier deux temps, celui de la terre et celui du ciel, ou Chronos et Kaïros. Les nuages toujours me rattrapent, ils semblent désormais peignés par les mouvements de l’air. J’attrape la fragilité et l’impermanence de ce paysage pour poursuivre le cours de cette journée particulière : c’est mon anniversaire !

(Une page, c’est court !)

C’était une petite heure sympathique.

Veiller sur la ville. Sur ses habitants. Sur le Beauvaisis aussi. Sur ses habitants aussi.
Quelle étrange idée, en effet.

Il y a quelques siècles, j’aurais pu apercevoir les troupes des Bourguignons et les hommes de Charles venir mettre le siège à la ville.
J’aurais veillé et prévenu les habitants et les personnes réfugiées dans la cité.

Aujourd’hui, la ville s’éveille tranquillement.
Des bus, des voitures, des promeneurs, plus ou moins pressés. Quelques chiens qui promènent leurs maîtres.
Des pigeons égarés ou surpris de me voir, si haut.

J’espérais un ciel rouge de feu. Ce fut un ciel nuageux qui m’accueillit. Assez lourd.
Les nuages roulent doucement, si proches.
En Picardie, nous avons toujours l’impression de pouvoir toucher les nuages.
Et soudain, « culotte de gendarme », comme disait ma grand-mère. Petit coin de ciel bleu…

Enfin, la lumière dorée « grignote » peu à peu le ciel gris. Cette lumière dorée, si chère à Philéas Lebesgue, lumière du matin…

Tourné vers l’Est, je sais et sens mon village de Milly dans mon dos. Petit voyage intérieur, avec comme horizon les couchers de soleil flamboyants. La ville devant moi et ses habitants qui font la ville.

Presque collé à la vitre, je tente de me rapprocher du soleil, car il réchauffe plus, comme dit le proverbe. Et Hélios est toujours dans mon cœur.

Merci.

Double expérience du regard sur l’immensité de la ville et l’espace clos de cette cabane si étroite.
Absence de lumière et de jolies couleurs espérées… Ce n’est finalement pas si beau, une ville qui se réveille…

Et puis arrive une cohorte d’hirondelles qui m’offre un spectacle majestueux.
Le rapport au temps est bousculé, questionné : une heure, soixante minutes… pourquoi cela peut paraître si long ?

Vulnérabilité face à soi-même : prendre le temps, se laisser absorber par ce que l’on voit dans un premier temps… et puis la lassitude qui me fait compter tout ce que je vois (fenêtres, pavés, cercles, voitures…).

Respirer, s’étirer et se demander pourquoi on est là.
Réfléchir aux choses essentielles en regardant devant soi, sans plus voir ce paysage qui s’offre à nous depuis une heure.

Merci de m’avoir permis de vivre ce moment unique, entre moi et mes sens.