Sans faire de bruit.
Mon accompagnatrice me conseille cette pièce qui passe au théâtre avant que nous ne comprenions y avoir été le soir même.
Dans l’objet-abri, je sens le bois, je vois devant moi l’ombre géante du théâtre qui accompagne mon corps, me dépasse, m’engloutit.
J’ai souhaité veiller car Joanne Leighton a aussi monté ce projet à Capdenac-le-Haut, ville du Lot où réside mon grand-père, il y a quelques années. Toujours sur sa table basse, le livre rassemblant les témoignages des veilleurs.
Je ne pensais pas veiller un jour, ni veiller à Beauvais. Mille yeux de fenêtres me toisent silencieusement. Tout bouge, sauf les arbres, enracinés comme je tente de le faire. Les jambes bourdonnent pourtant. Deux hommes s’adossent à une voiture et me regardent. Je pense à ce qu’ils pensent que je puisse penser.
Pour quelques minutes, le bout des arbres découverts semble flamboyer : du jaune au rouge, les branches s’enflamment sous les derniers rayons, rapidement absorbés par le théâtre. De l’autre côté de la vitre, une araignée me rend visite et veille quelques minutes à mes côtés. La nuit approche et ce verre ressemble de plus en plus à un miroir : apparaissent mes lacets, mes mains, le néon derrière moi… Bientôt, mon double noir me fait face, quelques centimètres plus loin, de l’autre côté, dans le vide, sans faire de bruit.
Depuis le temps que j’en parle. Je peux maintenant dire que je l’ai fait.
Merci pour cette belle expérience.
Veiller une heure, seule, avec soi-même.
Regarder le temps qui passe, la vie.
Un temps suspendu bien agréable qui s’est terminé par de belles couleurs violines.

Veiller, prendre soin… C’était d’abord ce que je m’étais dit en revenant… Le monde en a tant besoin. J’allais donc prendre un temps suspendu (ou un temps suspendue), un moment pour méditer et envoyer des ondes positives à qui voudra les recevoir…
Et puis vint le moment d’entrer dans cette petite cellule de verre et de bois pour cette « suspension ». Rien à faire… Et tout arrive…
Que la lumière est belle en cette fin de journée entre l’hiver et le printemps. Les couleurs sont rayonnantes. La ville grouille, gronde, palpite… vit ! Me voilà prise par le spectacle du quotidien que je ne regarde jamais, rempli de mouvements, de formes, d’espaces. Et puis tout se transforme par la lumière qui disparaît lentement, les couleurs s’éteignent doucement, seul le ciel reste lumineux…
J’ai veillé pendant une heure… J’ai observé, j’ai dégusté, goûté chaque instant comme précieux… Les voilà, ces ondes positives.
Qui reçoit ? Qui donne ? Qui voit ? Qui regarde ? Qui est vu ? Veiller c’est peut-être regarder un moment, ce que l’on vit quotidiennement, regarder le monde qui est le nôtre, se rendre compte de sa beauté, être heureux d’en faire partie.
Prenons en soin…
J’arrive dans l’abri des veilleurs avec la surprise de sa taille étroite. Une heure, debout, à observer, alors même que je peine à n’exécuter qu’une seule tâche à la fois. Vais-je y parvenir ?
Assez rapidement, je m’installe dans ma posture et décrypte le paysage et l’horizon. D’abord, il y a des lignes verticales, horizontales et diagonales qui découpent le paysage : les quatre rues qui se croisent en une intersection, les places de parking, les arêtes des bâtiments, les tours d’Argentine et leur château d’eau au loin. J’entends aussi le son puissant des mélodies des oiseaux, qui recouvrent à peine le ronron du trafic routier.
Je suis aussi interpellée par les lignes qui se meuvent : les véhicules, les bus, les gens qui marchent sur les trottoirs. Seuls les oiseaux, les enfants qui courent et les marcheurs qui traversent la place devant le théâtre suivent des formes anarchiques, un peu comme celles de la cime des arbres et des nuages.
Au fur et à mesure, les lumières artificielles prennent le pas sur celle du soleil, qui décline peu à peu. Mes paupières deviennent lourdes, je commence à ressentir toutes les micro-douleurs de mon corps. Je suis de plus en plus vue et observée par les passants. J’en éprouve une certaine gêne. En même temps, cela m’oblige à tenir debout, maintenir le regard pour être à la hauteur de tous ceux qui sont passés avant moi et de ceux qui passeront après.
Une expérience amusante en ce dimanche 15 mars. Merci de m’avoir invité en haut de ce théâtre pour observer la ville de Beauvais.
Heureux d’avoir pu veiller sur la ville qui a vu naître Alice, Louise et Caroline.
Passer une heure de solitude volontaire à contempler un panorama urbain : un moment suspendu, presque cinématographique, une histoire où le son et l’image sont dissociés.
Un sentiment de mélancolie en voyant le soleil décliner. Un moment de silence intérieur s’installe. Puis une petite lumière s’allume, une silhouette : alors on imagine une nouvelle histoire qui commence. C’est déjà l’heure de revenir.
Pourquoi s’inscrire aux veilleurs ?
Tu le connais, ce théâtre, depuis le temps !Eh bien oui, je le connais. J’en connais les accès, les salles, les détails, les extérieurs, les façades…
Et surtout, ceux qui l’ont bâti.J’ai déjà eu ce point de vue, plus d’une fois même. Mais jamais avec le temps de poser réellement mes yeux sur la ville plutôt que sur un détail de la façade.
Et pourtant, quelle vue ! Ce soir, le ciel était gris, tout comme la mine des passants sous leur parapluie.
Un vrai temps d’hiver ! Le temps semblait suspendu, figé, alors que la vie continuait tout autour : les klaxons, les pas pressés, les voitures filant dans la lumière froide.
Et malgré cette impression d’immobilité, le temps a passé bien plus vite que je ne l’aurais cru.
Merci pour ce concept qui m’a, une nouvelle fois, permis de veiller sur une construction qui restera à jamais la première emblématique de ma carrière.
Veille au soir.
Étrange d’être au-dessus. De voir les gens petits, avec la réflexion que nous ne sommes rien.Le temps s’est étiré, long et court à la fois. Je pense que nous n’avons pas l’habitude de ne rien faire, juste rester là, à regarder au-dehors et au-dedans.
À bientôt.
Les ombres s’allongent, le bruit des voitures diminue, le ciel rosit.
Ce n’est pas une impression de veiller, mais plutôt de guetter : une voiture qui se gare, des chiens qui se rencontrent, les maîtres qui font connaissance.Mais où va cette dame avec sa valise ? J’imagine qu’elle rentre chez elle, non ! qu’elle part vers une destination inconnue, vers l’aventure !
Des oiseaux dans la lumière qui baisse l’accompagnent peut-être, sûrement.
Les cloches de l’église sonnent : il est seulement 18 heures ? Ça va être long… mais finalement, non. Elles sonnent encore, mais ne marquent pas le temps, leur son fait partie du décor.
La douleur physique ne m’a pas quittée, je pensais qu’elle me laisserait cette heure de répit. Elle était là, à me guetter, à veiller avec moi…
Merci pour cette très belle expérience, un pur moment d’apaisement et d’introspection. La perception du paysage urbain m’est apparue comme différente de mes présupposés.
J’ai notamment ressenti le côté organique et vivant de la ville de Beauvais, son agitation, son battement. Que de déplacements routiers et piétons !
En parallèle, la place du végétal et des oiseaux m’a saisie, une vraie « émosynthèse », si j’ose un rapprochement avec les mots photosynthèse et l’émotion perçue. Je m’attendais également à voir distinctement la rivière « Thérain » et la voie ferrée… mais pas du tout, une véritable bouderie paysagère !
Autres surprises : la grande diversité des toitures (des très pentues, des toits-terrasses, des audaces architecturales réussies), la présence forte de l’oppidum du Mont-César (si proche de Beauvais !), les deux balcons-terrasses de l’espace de coworking du Pont de Paris (très sympathiques certainement en été), la présence surprenante d’un logement vacant si proche du théâtre (une succession difficile ?).
Si je devais résumer ma « trace » en quelques phrases, je dirais que cette déconstruction/reconstruction urbanistique était salutaire. Vivre un tel pas de côté questionne et déroute, aussi bien à titre professionnel que personnel. Encore merci pour cet avant/après passage leightonnien.
Une pause pour habiter le monde et s’habiter soi-même.
En hauteur, en lenteur, en douceur.
J’y ai vu des lignes, des courbures, des rencontres, des séparations, des nuances de bleu, de marron, de beige et de rose.
Un voile doré qui a tout sublimé, des habitants qui se répondent et se répandent, c’était comme une danse !
Une sorte d’échantillon du monde, pourtant déjà énorme !
Étais-je la seule à veiller ?
C’est sûr que non !
J’ai surpris une dame renifler les premières fleurs de printemps, un enfant qui s’arrête pour observer un arbre et même un amoureux amusé qui m’a pointée du doigt.
Offrir sa présence, c’est déjà aimer !
Impression de soleil couchant. Je vois la ville, les gens, mais j’ai l’impression que personne ne me voit encore, mais me regarde. Je suis à la vue de tous, mais c’est moi qui les observe. Le jour décline : les voitures, les passants, le temps qui passe. J’imagine mon corps comme un sablier.
Et puis deux personnes, venant de la gauche, arrivent et lèvent la tête, elles me regardent, je suis démasqué. Je suis gêné qu’elles me voient, alors que je regrette que personne ne me regarde. Mon corps réagit : j’ai chaud, je rougis, mon cœur bat plus fort, mon souffle s’intensifie et crée un voile, un écran de buée sur la vitre.
Je m’étais finalement conforté dans cette sorte de moucharabieh contemporain, avec l’idée que personne ne me verrait ; ce ne fut pas le cas.
Les deux personnes m’ont regardé un moment, l’une en faisant des gestes à l’autre, puis elles sont reparties vers la droite.
Je retrouvais mon statut de veilleur qui regarde la ville mais qu’on ne regarde pas.
De retour dans la loge, assise devant le grand livre des veilleurs, il est étrange de faire face au grand miroir. Je ne reconnais plus mes traits. Je suis encore là-haut.
Il y a le centre-ville et ses toits rouges, l’église et toutes les variations de vitraux, les quatre grands immeubles d’Argentine et la tour étrange, clignotant du rouge au blanc. En une heure, tout cela s’est noyé dans le bleu du soir. Petit à petit s’allumaient les inventions humaines. D’abord, les phares des véhicules, puis les enseignes des magasins. Tous les lampadaires, brusquement. Quelques fenêtres, enfin.
Seuls quelques passants ont remarqué la veilleuse du soir. Lorsqu’iels s’arrêtaient pour m’observer, je me demandais si j’étais différente des mannequins inquiétants de la tour Boileau. Leur immobilité met mal à l’aise, dans ce monde au mouvement constant.
Voici finalement tout ce que j’ai vu : du mouvement. Même pas seulement celui de mon espèce. Les oiseaux aussi, chantaient encore, tandis que le vent agitait les banderoles du théâtre comme des grands poissons volant hameçonnés aux lampadaires.
Journée qui était légèrement couverte de nuages. Quelques passants m’ont fait signe de la main. J’ai pu observer le ciel, des avions dans les airs. Du dôme, j’avais l’impression d’être dans les airs aussi. La vitre est tellement claire, voire inexistante, que je pensais voir un insecte : un moustique à l’intérieur de la cabine, que j’ai voulu attraper ; je me suis sentie ridicule et ai souri toute seule. J’ai pu m’orienter dans Beauvais en fonction des rues, de la gare routière, du centre-ville, c’est plus facile quand on domine le paysage.
J’ai pu constater qu’il y a trois églises, des grands immeubles, le vallonnement de petites collines, beaucoup de bus, de transports, très peu de passants ; trois jeunes seulement sont venus faire du vélo sur la place du théâtre. Les lumières, petit à petit, se sont allumées dans la rue, l’éclairage des voitures, le bruit s’est intensifié. Beaucoup moins de monde qu’à Paris. Les passants me paraissaient posés, pas stressés, leurs démarches étaient au ralenti, le temps m’a paru passer vite. J’ai perdu la notion du temps, sauf lorsque les cloches ont retenti à 18 heures. J’ai lâché prise, j’ai juste observé les alentours, les gens, les voitures. Une heure pour moi, sans devoir parler à quelqu’un, ça fait du bien. C’est une belle expérience de vie. S’accorder un arrêt au-dessus des habitations et des gens.
Merci pour cette découverte de Beauvais, les pieds dans le vide.
Quelle drôle d’expérience !
La sensation de solitude laisse vite la place à un échange très sympathique avec les passants qui, d’en bas, encouragent cette performance d’un signe de la main.
Merci les copines de m’avoir embarquée dans cette aventure singulière.