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J’ai veillé…

Pendant quelques instants… quelques temps… depuis le sommet du théâtre… j’ai regardé Beauvais. Ce temps avait pour moi une résonance particulière, parce qu’avant de regarder Beauvais depuis ce théâtre, nous l’avons regardé depuis le sol.
Nous avons regardé ses rues, ses maisons, Saint-Étienne, la cathédrale, les traces de la reconstruction… Nous avons essayé de comprendre comment un théâtre pouvait prendre place ici.
Lorsque nous avons commencé à dessiner, nous pensions évidemment aux salles, aux spectacles, à la lumière, aux circulations, aux artistes… Mais nous pensions surtout à une chose… Quelle relation ce bâtiment allait-il entretenir avec la ville ?

Un théâtre est par nature un bâtiment étrange. Il contient de grandes salles obscures, fermées sur elles-mêmes et dans lesquelles on vient regarder ailleurs, écouter d’autres voix, imaginer d’autres mondes.
Nous avons voulu qu’autour de ces salles, ce soit presque… exactement l’inverse :

  • Que le bâtiment regarde Beauvais,
  • Que l’on puisse y circuler, rencontrer, sortir, retrouver le ciel, Saint-Étienne, les toits, les maisons… et la ville.

Puis il y a eu le chantier… et quel chantier. Les années de travail, les difficultés, les arrêts, la pandémie.

Je veille, la ville s’éveille… un camion de pompiers passe juste en bas, sirène au vent… et me rappelle cet incendie de juillet 2020, qui, en quelques heures, nous a rappelé combien ce que nous pensons construire pour longtemps pouvait être fragile… et combien j’étais fragile…

Il a fallu attendre… comprendre… déconstruire… reconstruire et pendant toutes ces années, beaucoup de femmes et d’hommes ont porté cette aventure : les équipes du théâtre, de la ville, les élus, les techniciens, les ingénieurs, les entreprises, les ouvriers, les artistes… et bien sûr notre équipe, à l’agence. Tous ceux qui, pendant des années, ont dessiné, corrigé, recommencé, suivi le chantier, affronté les difficultés et continué à croire au projet lorsqu’il semblait parfois nous échapper.

Un projet comme celui-là ne se dessine jamais seul ! Il se construit avec une multitude de regards, d’intelligences, de convictions… Des rencontres, des désaccords parfois, des inquiétudes, des enthousiasmes, des colères aussi…, des obstinations, des amitiés.
Une aventure humaine autant qu’une aventure architecturale. Certains sont encore là. D’autres ne sont plus là pour voir aujourd’hui le bâtiment vivre. Mais tous ont laissé quelque chose ici !
Peut-être est-ce aussi cela… Construire… Participer à quelque chose dont la vie nous dépassera nécessairement.

Et puis, le théâtre a ouvert ! Il a cessé de nous appartenir. D’autres ont pris le relais. Les équipes qui aujourd’hui, chaque jour, ouvrent ses portes, l’habitent, l’animent… le font vivre.
Les artistes y sont entrés.
Les spectateurs l’ont parcouru.
Les enfants l’ont découvert.
Les habitants, les citoyens ont commencé à se l’approprier.

Alors… Ce que nous avons dessiné d’une architecture est devenu autre chose… Un lien vivant… une maison commune, peut-être.
Un endroit où l’on vient voir, écouter, travailler, se rencontrer… apprendre… débattre… RÊVER.

Et puis est apparue cette petite construction, dans les hauteurs du bâtiment : « l’abri des veilleurs ».
Aujourd’hui, j’ai été l’un d’eux. Je suis monté. J’ai regardé. Pendant toutes ces années, j’ai regardé le théâtre ! Aujourd’hui, depuis ce théâtre, j’ai regardé Beauvais.

Soudain, tout s’est renversé.

Les décors étaient les toits, les rues, Saint-Étienne, le ciel, la ville s’est réveillée. Les passants, les silhouettes des oiseaux aux premiers rayons du soleil. Les lumières changeaient avec le ciel. Aucun régisseur, aucun rideau, seulement une ville qui s’anime et moi qui la regarde.

Alors je me suis dit que nous avons peut-être construit cela… Pas seulement des murs, pas seulement une salle, des loges, des escaliers…
Mais un endroit pour regarder autrement, pour partager autrement, pour écouter autrement, se rencontrer, pour raconter, pour rêver. Un endroit où les histoires que nous n’avons jamais imaginées pourraient un jour commencer.

Car c’est peut-être cela, la plus belle chose pour un architecte. Accepter que le bâtiment ne lui appartienne plus.
Il échappe aux dessins, il échappe au chantier, il échappe même à ceux qui l’ont voulu ! Et il devient celui de ceux qui le font vivre :

  • des équipes qui l’habitent chaque jour,
  • des artistes qui le transforment,
  • des habitants et des citoyens qui s’en emparent,
  • des spectateurs qui y apportent leurs regards, leurs émotions, leurs histoires…

Je suis redescendu…

La cabane des veilleurs disparaît, mais le théâtre restera là ! Avec ses blessures, ses souvenirs, ses souvenirs, ses voix… et toutes les histoires qui n’ont pas encore été racontées.

Les équipes continueront chaque matin à en ouvrir les portes :

  • Des enfants y entreront pour la première fois.
  • Des artistes y inventeront des rituels merveilleux.
  • Des habitants s’y rencontreront.
  • Des spectateurs y riront, y pleureront, s’y émerveilleront.

Ils ne sauront peut-être rien de ce que cette maison aura traversé avant eux, de ceux qui l’ont imaginée, de ceux qui l’ont construite, de ceux qui l’ont faite vivre… Et c’est très bien ainsi ! Parce qu’alors, elle sera vraiment devenue leur théâtre !

J’ai veillé une heure… après toutes ces longues années passées à construire ce lieu. Il ne nous restait finalement rien à faire. Rien à dessiner, rien à réparer…

Seulement regarder… Puis redescendre.

Ainsi, les bâtiments veillent-ils sur la ville !

D’en bas, on se doute bien de quelque chose !! Un personnage est là… dont la présence ne demande rien à personne ! Il s’impose !

D’en haut, une heure entière en sa compagnie, lové dans son œil, il devient évident que c’est lui, le veilleur, tellement le territoire qu’il embrasse est grand, tellement est douce l’attente du jour déclinant.

Cette douceur d’être là, j’espère qu’elle est également perçue par les habitants des barres et des maisons voisines, ainsi que des gens rejoignant leur voiture, là, à côté, là derrière, là en bas.
Ce fut l’objet de nos attentions constantes.

Bonjour,

Beauvais s’éveille lentement, mais le soleil était au rendez-vous dans son habit de lumière, m’éblouissant même.

Quelques avions qui décollent essayant de trouver une place dans la toile d’araignée tissée, par d’autres avions, dans ces camaïeux de bleu, blanc, rouge. La brume s’efface au loin.

Quelques promeneurs avec leurs chiens pour le pipi du matin. La valse des bus, amenant ouvriers, visiteurs etc…
Le centre-ville est vraiment construit dans un trou entouré de ces quartiers en hauteur (Argentine, Saint-Jean, Marissel). J’ai aperçu le stade de football, les églises et deviné l’aéroport où les avions atterrissent aussi, amenant les visiteurs.

Des envols d’étourneaux, de pigeons. Trois corbeaux sont venus me saluer, me semble-t-il !!

Cette veille du matin était pour moi plus intéressante. Oh ! Quelqu’un m’a pris en photo.
Maintenant, le soleil énorme réchauffe les beauvaisiens.

Là-haut, je veille sur Beauvais. Au-dessus de moi, le ciel me paraît immense. En contrebas, la ville bouge, s’agite, vit au rythme incessant du bruit des voitures. Quelques avions s’envolent, emmenant leurs passagers vers d’autres horizons. Des oiseaux la survolent tels des guetteurs.

Immobile, j’observe les passants, tous si différents : des hommes, des enfants, des femmes, des jeunes, des plus âgés. Un sportif qui fait ses mouvements de gym sur le parvis du théâtre, un couple qui promène son bébé, une femme promenant son chien, une femme accompagnée de son enfant, pressée de monter dans sa voiture, tous porteurs d’autres vies que la mienne.

Au fur et à mesure que le jour s’efface, la ville change de visage. Les passants se raréfient, les lumières des phares s’allument, puis c’est au tour des réverbères.
Quelques brefs instants de silence s’installent.
Au loin, des fenêtres s’embrasent comme des vies qui s’éveillent, des familles qui se retrouvent, des solitudes qui s’installent, des histoires qui continuent.

Veiller sur la ville, c’est aussi prendre le temps de regarder la vie dans ses multiples facettes, ses différents rythmes, ses changements, son perpétuel mouvement, toutes ses différences qui la rendent belle.

Merci pour cette belle et unique expérience.

Et voilà, mon tour de veille est terminé…
Je l’ai tant attendu, imaginé, réfléchi… Le matin ? Le soir ? L’été ? L’hiver ? Moi, la noctambule, cela sera finalement le matin, un matin d’automne… Souvent, au cours de ces derniers mois, semaines, ce vendredi 2 octobre trottait dans ma tête. Puis vendredi dernier, je me suis dit « Bientôt ! » Comme les enfants impatients avant Noël, j’ai compté les dodos ! Hier, j’ai senti monter la pression, j’ai mal dormi comme avant un grand événement !

MA VEILLE, ENFIN !

Arrivée dans l’abri, je me suis sentie bien, en sécurité, dans ma bulle, investie de ma mission.
Mon regard s’est d’abord posé sur le paysage, l’horizon avec le soleil qui peinait à sortir de son lit, mer moutonneuse de nuages blancs, puis ces traînées blanches laissées par les avions et qui forment des quadrilatères impeccables avant le bleu du dernier niveau… Un avion est passé devant, prenant la direction du sud-ouest, ma région de cœur, un signe ! Des oiseaux ont fait la course à l’avion et ont gagné ! Dans ma tête, « On dirait le Sud » de Nino Ferrer a succédé au « Jour est levé » de Téléphone…
Mon corps a spontanément été en mouvement de rotation, dessinant le signe de l’infini. Puis, une plume blanche venue de nulle part est descendue devant mes yeux en tourbillons, la plume blanche, un fil rouge me rappelant la présence des miens envolés, toujours trop tôt. Ils me montraient encore qu’ils veillaient sur moi lors de cette veille.

Les pigeons, les vélos, les voitures, les cars, les enfants, les trottinettes, les personnes âgées et les chiens, les ouvriers et leurs outils, les personnes du théâtre et leur café, la vie quoi… Instinctivement, au milieu du parcours, arrêt avec mes mains sur ma poitrine…
Comme pour sentir les battements de mon cœur prendre le rythme plus saccadé de la ville, magique. Mouvement corporel de balancement gauche/droite, parfois recul dans l’abri, mais d’un seul pied en arrière, en retrait parfois, jamais totalement…
La brume s’est invitée au fur et à mesure du lever de soleil, grignotant la plus haute tour du quartier Argentine pour la mettre à égalité avec les plus petites. Puis elle s’est dissipée un peu, marquant la fin de ma veille…

Il y a tant à dire…. Je ne suis pas redescendue, un morceau de moi est resté dans l’abri, un morceau de l’abri restera en moi.

Être
Être là
Là pleinement
Face aux nuages
Face aux toits
Face à moi
L’espace d’un instant
Un instant suspendu
Pour rien et pour tout
Tout simplement
Un instant suspendu
Pour respirer les cloches, les camions de pompiers et le chant des oiseaux
Pour écouter l’odeur du pin
Pour savourer cet orange qui imperceptiblement passe au bleu puis au gris
Un instant suspendu
Pour s’écouter et prendre de la hauteur
De la hauteur sur sa vie
Celle qui désormais sera choisie
Avant de se retrouver en quatre autres planches de pin
Vis, Vincent
Vis et offre-toi des joies
Comme cet émoi de contempler en ce 1er octobre
La ville de Beauvais s’assoupir face à toi.

Le jour s’est levé sur ma nouvelle vie ! Celle d’un tout nouveau retraité en ce 1er octobre. Devant moi, ce matin, ma ville natale, où j’ai pu retracer toutes les étapes de ma vie jusqu’ici. De ma naissance à la maternité, mes années d’école primaire, la résidence de mes parents, jusqu’à leurs obsèques. Une nouvelle page reste à écrire.

Elle s’est ouverte devant moi ce matin.

À l’heure où la ville retrouve ses habitants, où chacun rentre chez soi, prépare le dîner, ferme ses volets, je suis là, en hauteur… Et j’ai peur.

Je veille sur Beauvais comme on veille sur un paysage qui ne nous appartient plus tout à fait. D’en haut, le quotidien paraît lointain, presque silencieux… Et j’ai peur.

Les lumières s’allument une à une, les vies continuent, et moi, je reste suspendu entre le ciel et la ville… Et j’ai peur.

Un instant hors du temps, avec cette sensation d’être là sans vraiment être ailleurs : simplement présent, à regarder le monde passer… Et je n’ai plus peur…

« À l’orée »… Le silence d’une ville qui se réveille doucement dans la beauté d’une boule de feu orange, jaune, perçante dans un ciel rose.

Ancrage et contemplation s’installent. Le regard suit les vols des oiseaux et l’intranquillité urbaine qui s’installe.
Être là. Respirer. Penser au-delà d’une expérience devenue intemporelle.
Beauvais, tu n’es pas mienne, mais j’ai eu plaisir et fierté à te veiller le temps d’un lever de soleil majestueux.
Et déjà, les tic et tac rappellent à un « état » plus séquencé.

Merci, Mme Leighton, pour cette aventure « unique » qui inscrit « dans un grand tout ».

Quelle impression !
Veiller de là-haut !
Demeurer immobile !
Laisser filer le temps…
Juste une heure !
À regarder, rêver,
Écouter le silence…
Voir disparaître les nuées d’oiseaux ?
Entendre des bruits de la rue.
La vie continue, les gens me saluent.
Je veille sur Beauvais.
Je suis un tableau,
Dans le tableau.

Merci pour cette expérience particulière, à Joanne, au théâtre, à tous.
Merci pour le moment présent, hors du temps, et il est temps de partir.

« Le jour se lève, il faut tenter de vivre ! ». Le grand défi des petits hommes que nous sommes… Un matin pas comme les autres pour moi. Cependant, un temps suspendu, la vie qui se fait plus légère l’espace de quelques instants comme volés, et d’autant plus précieux. Un début de journée posé comme on s’en accorde pendant nos vies où tout va vite, tellement vite… Je me suis sentie privilégiée de cette position en retrait du monde et de sa folle agitation : le bonheur simple de pouvoir regarder, simplement regarder, écouter bruire ce monde qui s’éveille, sans avoir à agir, à courir… Là-haut, les lumières de la loge se reflétaient sur la vitre, offrant comme un cadre à cette ville devenue tableau à observer. Posture inédite que celle de veiller ainsi (et je pense à tous ces veilleurs d’autrefois, tous ces veilleurs qui surveillent, protègent, scrutent, alors que j’ai la chance de n’avoir qu’à profiter du spectacle…) ; en face, au milieu du paysage urbain, un clocher semble veiller lui aussi, si droit et si digne, les pigeons, à leur façon, veillent également, perchés, observateurs, comme un écho à ma présence… Ici-bas, la ville s’anime, les gens courent vers ce qu’ils ont à vivre (que leur réserve cette nouvelle journée, où tout est possible ?), presque tous pressés – non, quelques-uns se posent en bas sur le parvis, boivent un café ou fument quelques instants, sur une petite table qui suspend magnifiquement le temps pour eux, avant qu’ils ne retournent à leurs occupations… Hier, il a enfin beaucoup plu, et ce matin le paysage est nimbé d’une brume qui me vole les lointains et qui se retire, par moments, comme un voile… L’apparition du soleil, en lutte contre cette brume qui grisaille, est un éblouissement : perfection de rondeur et de lumière éclatante qui contraste avec le reste… Sa rondeur m’évoque celle de mon petit ventre de femme enceinte qui se reflète aussi dans la vitre – bébé qui profite aussi de cette pause contemplative ! Très vite, les nuages, leurs formes douces et changeantes m’ont happée, le sillage lumineux des avions, sur ce ciel lointain si bleu et pur qui tranchait avec la grisaille de la ville… Le vol aérien des nuées d’oiseaux et ce soleil qui jouait à cache-cache, quelques instants entrevus et vite dérobés, mais enregistrés pour toujours ! Et l’émotion, un moment, de voir apparaître dans ce paysage mon aimé. Le jour s’est levé, la journée sera belle…

Merci pour cette expérience inédite, qui ne sera pas oubliée ! Un partage d’humanité devant ce que le monde sait nous réserver de plus beau – son calme, pur, si on regarde là-haut, tout là-haut…

J’étais impatiente de ce moment, de cet instant où je pensais que tout serait suspendu autour de moi.

La réalité est toute autre, tout est en mouvement, les véhicules, les arbres les oiseaux, les gens.
Finalement, j’ai eu le sentiment que c’était moi qui étais suspendue au reste du monde.

Ce moment était fascinant !

Moi qui ne vois que par le crépuscule et l’obscurité, j’aurais finalement aussi aimé voir le soleil se lever pour observer qui prend place, où et quand.

Merci pour cette heure où j’ai pu veiller cette ville que j’aime tant !

Aujourd’hui, j’ai 47 ans.
Aujourd’hui, il y a 1007 jours que Michel voyage dans le monde d’après.
Aujourd’hui, je vis encore dans ce monde-ci, ce monde-là, à la fois si étonnant et si décevant !
Aujourd’hui, je respire cet air des hauteurs, seule dans cette cabane, toujours seule et jamais vraiment seule…
Aujourd’hui, je m’imagine dans ma cabane au sommet des arbres, prenant part au réveil de la canopée, chantante parmi les oiseaux et les bruissements des feuilles !
Aujourd’hui, ce moment au sommet de Beauvais m’a plu !

Et enfin, il a plu !

C’est quand les lumières des lampadaires s’allument que l’on prend conscience que la mission est terminée. Pas le temps cependant de perdre la notion du temps, justement : l’église rythme les quarts d’heure au son de la cloche et nous fait revenir au réel.

Sentiment de plénitude à la fin. Mais vrai voyage de la mort (le vertige, l’attrait vers le bas) à la résurrection.

La mort : l’objet-abri est un cercueil, celui de Blanche-Neige, avec quatre planches de bois et une vitre. Au début, je m’y sens enfermé, il fait chaud, mais je décide de ne pas ouvrir la porte pour aérer. Il faudra suer quoi qu’il arrive. Et je me prends à penser à Chateaubriand, qui regardait se coucher le soleil sur un monde dont il ne verrait pas l’aube nouvelle se lever.

La vie : je touche les murs de bois, je les sens. C’est comme un cocon. Je me mets à la place de l’enfant que Bérangère, ma compagne, porte dans son ventre. L’abri devient un lieu rassurant ; l’air chaud qui l’emplit, mon liquide amniotique. Et la lumière qui décroît, et les enfants qui jouent sur le parvis du théâtre, me font renaître et retrouver l’envie de vivre, de lutter, de devenir père.

Aujourd’hui, durant une heure, j’ai veillé sur ma ville.
Je lui devais bien ça.

Elle qui a veillé et accueilli ma famille et bien d’autres en juin 1962, quand nous avons traversé la Méditerranée à la recherche d’une vie plus sereine.
Durant cette heure, j’ai eu la chance d’avoir un superbe lever de soleil, avant qu’il ne se fasse engloutir par les nuages.

Depuis le pont de Paris et les quartiers des « toits verts » jusqu’à la ZUP Argentine, j’ai veillé. Cette ZUP que je n’imaginais pas aussi étendue alors que je l’ai connue durant mon enfance en jardins familiaux où l’on venait avec mes copains chaparder des cerises.

Tout était calme en ce début de veille, et comme nous sommes dimanche, c’est au ralenti que la ville s’est éveillée. La balayeuse de la ville s’est d’abord manifestée, puis les joggeurs, les cyclistes, les passants avec leurs chiens en laisse. Des automobilistes m’ont fait des sourires en faisant deux fois le tour du parking pour trouver la sortie. Un couple de pies s’est approché sur le toit pour voir ce que je fabriquais sur mon perchoir. Mon ami Pierre, lui-même veilleur au printemps, est venu pour prendre une photo qui va immortaliser ce moment. Merci à lui.

Aujourd’hui, 27 septembre, c’est le jour que j’avais espéré obtenir pour participer aux Veilleurs de Beauvais. Quelle déception quand, le 1er jour des inscriptions, le site affichait complet, idem le deuxième jour. J’ai envoyé un message pour faire part de ma déception. Un retour m’a informée qu’il s’agissait d’un problème technique et que le 27 septembre m’était attribué le matin.
Gros moment de joie ! Car ce matin, de très bonne heure, j’ai eu 69 ans et je souhaitais pouvoir entrer dans ma soixante-dixième année depuis le poste des veilleurs.

C’est chose faite et je suis comblée.

Merci à Joanne de m’avoir permis de vivre cette heure de veille, chargée d’émotions, de symboles et de souvenirs.