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Ce matin, le ciel est gris. Couverture nuageuse à 100 %. Des nuages lourds, d’autres légers. Le ciel est photogénique ce matin. J’y ai aperçu le soleil derrière ses voiles.

Il n’y a pas si longtemps, j’étais à Toronto, au Canada, où sur la rive du lac Ontario on peut lire sur un panneau cette inscription : « We, sky, water, land, will always belong to the change. » Ces quelques mots depuis m’habitent.

Je me souviens de mon dernier samedi là-bas, avec une amie. Le matin, nous rejoignons la rivière Don. Après quelques ablutions, elle me dit que son élément, c’est l’eau. Je prends conscience à cet instant que, pour moi, ça se joue entre Sky et Land.

Alors ici, dans cet abri de bois et de verre, à mi-chemin entre le ciel et la terre, je réfléchis aux qualités de l’eau, du ciel et de la terre. Et je réfléchis aussi à ce que l’on est et à ce à quoi nous aspirons. Je ne sais toujours pas si je suis Sky ou Land, mais assurément, j’aimerais être ciel le plus longtemps possible.

Les escaliers n’en finissent plus de monter ! On ne se rend jamais compte combien les lieux sont si hauts quand on les voit d’en bas !
Là-haut, ça y est, j’y étais. J’avais peur avant. Peur d’avoir mal, de l’ennui. Mais rien et… Pouf ! Je les ai vus !

La ville était triste, blafarde. Le ciel était laiteux à droite et très cumulonimbus à gauche.
Et là, le soleil derrière moi est descendu.

Alors, tout s’est illuminé, embrasé. Les arbres, les façades, les toits, les flèches d’églises, les immeubles d’Argentine, impressionnantes lumières renversantes. Admirables, consternantes, et puis plus rien, le gris, il s’est mis à pleuvoir et les feux sont revenus.
Là, un arc-en-ciel magnifique dont je voyais la cime se perdre dans les nuages.
Alors, longtemps, les toits, les immeubles sont restés dans cette lumière, avec cet arc-en-ciel qui semblait battre comme un cœur. S’estompant parfois, devenant ensuite luminescent.

J’ai découvert un jour que certains de ceux qui nous quittent ont ce soudain sursaut d’énergie avant de s’éteindre à tout jamais. Je suis un homme âgé. J’ai écrit ma vie pour essayer de comprendre le pourquoi du sens qu’elle avait eu. Je n’ai pas les réponses mais le jour où…
Je sais que j’irai là-bas, là-haut, pour voir une dernière fois.

Les feux de la rampe…

Tout d’abord des ricochets de traces oranges. Symphonie de gris. Puis ciel pommelé tout au-dessus. Les oiseaux qui passent et épient.
Une abeille qui vient se poser en haut de la vitre.

Puis, naissance du soleil… éblouissement, joie.

Il n’a que du gris à traverser.

Une journée bien maussade, à l’image de mon humeur avant d’entrer dans l’objet abri. Le ruban LED paraît plus puissant que d’habitude, sans doute car il fait déjà bien sombre dehors. Cela a l’avantage de faire ressortir les couleurs chaleureuses du bois.

Peu de gens passent mais ce n’est pas grave, j’ai besoin de cette tranquillité. Elle est la bienvenue dans cette période de ma vie.

Je repars un peu apaisée, la conscience calme et sans ébullition.

Je suis pris d’une grande émotion lorsque j’entre dans la belle cabine en bois. Je suis ému par la somme des efforts et des volontés mises en œuvre pour qu’advienne ce projet fou. Vraiment touché par ma responsabilité, comme à chaque fois que je vais voter.

Je vois mon reflet flotter en face de moi dans un paysage gris, encadré par le reflet des néons. Il n’y aura pas de lever de soleil flamboyant. C’est comme ça. Mon regard devra se nourrir des détails et des subtilités. Cette clarté qui avance depuis la gauche. La disposition des chaises autour de la table dans la cour en contrebas, et la chaise à l’écart des autres. La fumée domestique à droite.

Le regard s’aiguise et sans que je m’en aperçoive, le ciel prend cinquante nuances, et se teinte discrètement d’orange, de violet, de bleu.

J’ai envie d’y voir une métaphore : veiller sur le monde, prendre de la hauteur. Mais je ne vois rien que des vies endormies, des guerres économiques, idéologiques, sociales, des atrocités en cours. La ville est paisible tandis que les fonds de pension détruisent la planète et les humains avec.

Et surtout, qu’il est difficile de rester debout malgré le mal au dos et l’ennui ! Mon cerveau est avide de divertissements, le vide devant moi, c’était bien à contempler 5 minutes.

Un bruit dans le bâtiment, différent de la chaufferie et des pigeons… On frappe à la porte. Tiens, c’est déjà fini.

Il fait déjà jour quand j’arrive sur le parvis. Au moment d’arriver dans la Bulle de veille, le lever du soleil se fait vraiment derrière Argentine. Puis il disparaît derrière une couche de nuages, petite couverture qui enveloppe tous ces gens qui dorment dans chaque foyer devant moi. Il y en a certains qui se réveillent, d’autres qui petit-déjeunent, lisent au chaud après s’être réveillés.

Dans la rue, peu de mouvements, mis à part les bus qui vont et viennent. Très peu de voitures, plus de trottinettes et quelques passants. Et puis le poissonnier et le boucher : c’est jour de marché !

Il a plu sur Argentine, puis sur Voisinlieu. Le soleil s’est caché longtemps. C’est 10 minutes avant la fin de la veille qu’il m’a fait l’honneur d’apparaître dans une trouée de nuage. Trop d’honneur ! Impossible de garder les yeux ouverts. Alors je les ferme le temps qu’il reparte se cacher derrière la couverture.

Heureusement la trouée est légère.

Dans mon corps, besoin de mouvement un peu. Je m’étire et je m’accroupis.

Dans ma tête je pense… aux services publics qui s’activent pendant que les autres dorment : bus, propreté urbaine. Je regarde la végétation luxuriante dans les quartiers, plus éparse en cœur de ville. Et puis, je pense à la journée d’aujourd’hui : j’irais bien au marché me prendre un chocolat chaud, après travaux, petit temps pour moi, jeux et devoirs avec les enfants et ce soir le festival Nouvelles Ondes porté par l’ASCA.

Réveil et coucher culturel à Beauvais aujourd’hui.

Quelle chance d’avoir pu veiller à nouveau !

Dans mon témoignage de ma veille en décembre, j’avais souhaité pouvoir veiller à nouveau. C’est chose faite ! Pendant ma veille, j’ai vu plusieurs choses. Des passants avec leurs chiens. Notamment une famille qui jouait à cache-cache avec son chien. Ça m’a beaucoup fait sourire. Ensuite je me suis amusée à deviner la forme des nuages dans le ciel, comme quand j’étais enfant. J’ai aussi vu des formes dessinées par l’eau de la pluie, sur le toit de la petite salle. Je me suis imaginée que c’était des continents !

Enfin, le clou du spectacle. J’ai eu le droit, en fin de veille, à des nuages teintés de rose. Notamment un qui illuminait le ciel ! C’était très émouvant !

Je voudrais remercier le théâtre, une fois de plus, d’accueillir ce beau projet et je voudrais le remercier de la confiance qu’il m’accorde en me laissant travailler à ses côtés.

Prenons soin de nous et prenons soin les uns des autres !

PS : Joyeux anniversaire à Caroline !

6h06. Je rentre dans la « boîte ». La porte se referme. Je me sens un peu tel Jon Snow, Gardien du Mur, à veiller sur la ville.

Premières impressions : c’est haut. C’est calme. C’est verdoyant. C’est beau. Mais c’est très calme.
Seconde impression : ai-je fait le bon choix de venir un jour de « pont » ? Cela risque d’être lassant, une heure…

Alors, déformation professionnelle oblige, je me focalise sur les déplacements. J’observe les bus, je les compte. Ce sont eux les plus nombreux. Je compte les voitures stationnées sur le parking. Je note aussi celles qui oublient malicieusement de mettre leurs clignotants…

Où sont les piétons ?

Encore des bus, puis des balayeuses. Je suis frappé non pas parce que je vois, mais parce que j’entends. Le silence n’est en effet interrompu que par la circulation routière.

Le soleil se lève de plus en plus et vient « chauffer la vitre ». Je ferme les yeux quelques instants. Je ne compte plus. Je « conte » dans ma tête.

Un semblant de voix. Mon premier passant.

On toque à la porte. Il est 7h06. Ma « garde » est finie. Je n’ai pas vu l’heure passer.

Tout d’abord il a fallu reprendre son souffle (6 étages tout de même) et se laisser happer par le paysage qui s’offre à moi.

C’est une fin de journée fraîche, tout est paisible, il y a une petite éclaircie. Quelques chants d’oiseaux, les bruits de circulation, d’avion, un chien aboie au loin.
Et le vent se lève, les feuilles s’agitent, ainsi que les arbres, la pluie s’intensifie, assombrit le paysage.

Tout s’apaise doucement, deux départs d’arc-en-ciel apparaissent du côté de la rue des Vignes, un avion en phase d’atterrissage vient les croiser.
Et le soleil vient illuminer les tours de la ZUP Argentine, qui semblent posées au milieu des arbres, puis les cheminées de briques rouges du centre-ville viennent s’éclairer à leur tour et enfin l’ensemble des feuillages, devenant d’un vert tendre.

Petit à petit le jour décline, la ville devient terne, jusqu’à la mise en route de l’éclairage public. Un éclat de rire au loin vient clore ma veille.

Très bon moment d’observation, bel exercice de pleine conscience.
Et grande humilité face à ce projet surprenant dont je ne suis qu’un tout petit élément.

Bravo et merci.

Arrêt sur image pendant une heure :

Tout semble statique sauf quelques oiseaux qui volent devant ce cadre lumineux qui me dérange, les nuages qui se déplacent et cette fumée au loin…

Le cadre disparaît dans les nuages…

La vie est un vol d’oiseaux.

Les premières minutes, j’ai eu un sentiment de calme et de torpeur… Je m’attendais à plus d’agitation dans la rue.

Et puis j’ai commencé à compter les évènements : environ quarante paysages d’oiseaux à toutes distances pour seulement un chien (en laisse), quarante-six piétons dont dix ados, un coureur, seulement cinq femmes et deux enfants. Trois vélos, une moto, quatorze bus et quatre trottinettes. Neuf voitures bleues, vingt-sept gris foncé, trente-sept gris clair, sept rouges, quarante-quatre blanches et quarante-quatre noires (la parité !), une verte et deux bicolores. Quatre marrons. (Où sont les voitures jaunes ?)

A un moment, le ciel a été exactement coupé en deux dans le sens de la hauteur : bleu clair en haut, gris acier en bas. Puis le bas s’est éclairci et à nouveau assombri. L’évènement de cette ville fut incontestablement l’arc-en-ciel au-dessus d’Argentine. Les feux tricolores ont effectué une centaine de passages du vert au rouge et vice-versa. Près de la fin, les lampadaires se sont allumés, d’abord au loin, puis sur le parking du théâtre. Enfin, ce fut le tour des feux des voitures.

Finalement il s’en est passé des choses et certaines ont dû m’échapper. Il faudra que je revienne…

Dans ce petit matin où la ville se réveille, entre les bruits des bus qui commencent leur journée, celui de la balayeuse que l’on cherche, je me suis laissé aller à une heure d’émotion.

Le souvenir de nos êtres chers, en regardant là, dans les nuages. Le vert des arbres et des pelouses, qui vous font du bien dans cette ville minérale.

Un moment très agréable, que je souhaite à beaucoup de gens de connaître.

Merci.

Ce soir j’ai veillé sur Beauvais, comme Beauvais veille sur moi depuis ma naissance.

Pendant une heure, dans ce temps et cet abri suspendus, sans téléphone, sans bruit inutile, sans autre urgence que celle de regarder, j’ai eu le sentiment rare que le temps acceptait enfin de ralentir.

Au début, on cherche un repère, un arbre, un toit, le clocher de Marissel, une lumière familière. Puis, peu à peu, la ville cesse d’être un décor. Elle devient une présence… Elle respire, elle garde en elle les vies de chacun, les départs, les retours, les souvenirs, mes souvenirs, les promesses.

J’ai regardé Beauvais comme on regarde quelqu’un qu’on aime depuis toujours mais que l’on redécouvre autrement. Ma ville n’est pas seulement faite de pierres, de rues ou de places. Elle est faite de visages, de blessures surmontées, de mains tendues, de matins ordinaires et de soirs inoubliables comme celui-là.

Je me suis senti profondément chanceux, chanceux d’avoir pu m’extraire du mouvement pour mieux admirer ma ville. Chanceux d’habiter Beauvais, de la voir vibrer, parfois douter, souvent se relever.

Et dans ce silence, une pensée s’échappe vers ceux que l’on aime ou qui sont partis mais continuent d’habiter les rues de notre histoire.

Cette heure est passée très vite, trop vite. Mais elle laisse une trace douce, presque intime. Comme si Beauvais m’avait confié quelque chose, comme si, un instant, la ville m’avait regardé aussi.

Merci pour ce moment rare.

Ce soir j’ai veillé sur Beauvais et Beauvais, une fois encore, m’a touché.

Ce matin, la brume est épaisse et lourde. Elle semble envahir la ville dans la clarté de l’aube. Les pigeons qui ont élu domicile à proximité de l’abri nous accueillent. Les arbres du parking, immobiles et verdoyants, abritent quelques voitures qui bientôt reprendront leur activité dans les rues de la ville.

Malgré une brume persistante, le soleil ne parviendra qu’à brièvement percer le mystère de cet épais brouillard. On aperçoit quelques passants matinaux et l’activité des bus vient rythmer les rues.

L’alternance des feux tricolores, le chant des oiseaux…

Finalement, la brume aura totalement englouti les toits à proximité. Bientôt, on l’espère, la lumière du soleil inondera l’horizon…

Beauvais

Beau, dans un cadre lumineux, voir le spectacle de la ville :

Après la pluie d’orage, les Beauvaisiens sont rentrés, le vent est tombé, rien ne bouge. Spectacle figé, ville endormie ? Trente-six nuances de gris, quelques promeneurs sous un parapluie, un trafic réduit de voitures et le service des bus bleus, seuls mouvements !

À côté de Saint-Étienne : le coq regarde le Nord. Mes parents, venus du Nord, dans la zone libre, à Saint-Étienne, m’ont offert la vie le 11 mai 1943 ! 83 ans de vie !
Ici à Beauvais sont nés mes jumeaux il y a 50 ans et leur sœur il y a 47 ans ! Lieu d’ouverture à la vie, à son spectacle, que de belles images !

Et maintenant, mon fils comédien crée, met en scène et joue le théâtre, lieu magique.

Cette heure de « veille », remplie d’images, de souvenirs, l’imagination travaille.

Merci pour ce cadre qui permet la création.