J’étais une veilleuse dans une boîte, observant des veillé·e·s se déplaçant dans des boîtes mobiles. Mais dans leurs boîtes, savaient-iels que je les veillais ? Et moi, comment pouvais-je savoir s’iels savaient que je les veillais ? Rares étaient celles ou ceux qui se mouvaient sans boîtes, sur leurs deux jambes.
C’est tellement plaisant, on en apprend tellement plus : des petits détails, une claudication, une résignation. Protégé·e·s de la pluie et du vent dans leurs boîtes mobiles, que sentaient-iels ? Peut-être la banane oubliée la veille sur le tableau de bord ou le petit sapin violet du rétroviseur central.

Ce flot incessant dura un temps, phagocytant le son de chaque gouttelette de pluie entre les pneus et l’asphalte, rendant un conglomérat un peu crissant. Puis, quand la plupart parvinrent là où ils devraient se trouver, on entendait les gouttelettes, les pigeons, et ceux-ci sortirent faire la course autour du clocher. Ils avaient de la place maintenant pour écouter et voler à leur aise à travers le carrefour.

Merci de nous proposer ce précieux temps de contemplation, pas seulement visuelle. C’est comme un petit déclic au bout d’une heure, un souffle, une allure aérobique retrouvée. On pourrait continuer à veiller longtemps, longtemps encore.

À présent, je m’en vais me servir de mes jambes.