Un arc-en-ciel juste en face m’accueille à mon entrée dans l’espace des veilleurs… Et de « veilleuse de Beauvais », je passe à « spectatrice de la Nature ».

Moi qui venais pour une parenthèse à l’accélération, pensant m’extraire un moment de la tyrannie du temps qui défile et observer l’agitation urbaine, je me retrouve attirée par ce ciel gris, menaçant, et zébré de temps à autre par d’éclatants éclairs : « Tu auras un beau spectacle, s’il y a de l’orage », me disait-il.
Je détaille aussi tous les arbres, tous les dégradés, toutes les tailles, toutes les formes… Ils encerclent, ils dominent, ils s’étalent… Mais des grues au loin, près de quatre barres d’immeubles, me font imaginer cette même vue dans quelques années… La main de l’homme l’aura-t-elle encore plus façonnée ?

Le tonnerre cesse, j’entends davantage la circulation… puis des rires d’enfants : trois adultes et deux petites filles à l’abri d’un arbre, dans le parking en bas, prennent le temps, eux aussi, un peu différemment de moi.
La pluie cesse à son tour, je devine le retour du soleil avec les façades qui s’illuminent…

Un nouvel arc-en-ciel naît pile au-dessus des trois flèches, j’en deviendrais presque croyante ; je ne le quitte pas des yeux, voyant son éclat se fondre peu à peu dans le rosé des nuages…

Les lampadaires du parking s’allument alors et je devine que ma petite expérience hors du temps qui court touche déjà à sa fin… Déjà… « Incroyable ! », ça résonne dans la cabine…