« Le jour se lève, il faut tenter de vivre ! ». Le grand défi des petits hommes que nous sommes… Un matin pas comme les autres pour moi. Cependant, un temps suspendu, la vie qui se fait plus légère l’espace de quelques instants comme volés, et d’autant plus précieux. Un début de journée posé comme on s’en accorde pendant nos vies où tout va vite, tellement vite… Je me suis sentie privilégiée de cette position en retrait du monde et de sa folle agitation : le bonheur simple de pouvoir regarder, simplement regarder, écouter bruire ce monde qui s’éveille, sans avoir à agir, à courir… Là-haut, les lumières de la loge se reflétaient sur la vitre, offrant comme un cadre à cette ville devenue tableau à observer. Posture inédite que celle de veiller ainsi (et je pense à tous ces veilleurs d’autrefois, tous ces veilleurs qui surveillent, protègent, scrutent, alors que j’ai la chance de n’avoir qu’à profiter du spectacle…) ; en face, au milieu du paysage urbain, un clocher semble veiller lui aussi, si droit et si digne, les pigeons, à leur façon, veillent également, perchés, observateurs, comme un écho à ma présence… Ici-bas, la ville s’anime, les gens courent vers ce qu’ils ont à vivre (que leur réserve cette nouvelle journée, où tout est possible ?), presque tous pressés – non, quelques-uns se posent en bas sur le parvis, boivent un café ou fument quelques instants, sur une petite table qui suspend magnifiquement le temps pour eux, avant qu’ils ne retournent à leurs occupations… Hier, il a enfin beaucoup plu, et ce matin le paysage est nimbé d’une brume qui me vole les lointains et qui se retire, par moments, comme un voile… L’apparition du soleil, en lutte contre cette brume qui grisaille, est un éblouissement : perfection de rondeur et de lumière éclatante qui contraste avec le reste… Sa rondeur m’évoque celle de mon petit ventre de femme enceinte qui se reflète aussi dans la vitre – bébé qui profite aussi de cette pause contemplative ! Très vite, les nuages, leurs formes douces et changeantes m’ont happée, le sillage lumineux des avions, sur ce ciel lointain si bleu et pur qui tranchait avec la grisaille de la ville… Le vol aérien des nuées d’oiseaux et ce soleil qui jouait à cache-cache, quelques instants entrevus et vite dérobés, mais enregistrés pour toujours ! Et l’émotion, un moment, de voir apparaître dans ce paysage mon aimé. Le jour s’est levé, la journée sera belle…

Merci pour cette expérience inédite, qui ne sera pas oubliée ! Un partage d’humanité devant ce que le monde sait nous réserver de plus beau – son calme, pur, si on regarde là-haut, tout là-haut…