Sans faire de bruit.
Mon accompagnatrice me conseille cette pièce qui passe au théâtre avant que nous ne comprenions y avoir été le soir même.
Dans l’objet-abri, je sens le bois, je vois devant moi l’ombre géante du théâtre qui accompagne mon corps, me dépasse, m’engloutit.
J’ai souhaité veiller car Joanne Leighton a aussi monté ce projet à Capdenac-le-Haut, ville du Lot où réside mon grand-père, il y a quelques années. Toujours sur sa table basse, le livre rassemblant les témoignages des veilleurs.
Je ne pensais pas veiller un jour, ni veiller à Beauvais. Mille yeux de fenêtres me toisent silencieusement. Tout bouge, sauf les arbres, enracinés comme je tente de le faire. Les jambes bourdonnent pourtant. Deux hommes s’adossent à une voiture et me regardent. Je pense à ce qu’ils pensent que je puisse penser.
Pour quelques minutes, le bout des arbres découverts semble flamboyer : du jaune au rouge, les branches s’enflamment sous les derniers rayons, rapidement absorbés par le théâtre. De l’autre côté de la vitre, une araignée me rend visite et veille quelques minutes à mes côtés. La nuit approche et ce verre ressemble de plus en plus à un miroir : apparaissent mes lacets, mes mains, le néon derrière moi… Bientôt, mon double noir me fait face, quelques centimètres plus loin, de l’autre côté, dans le vide, sans faire de bruit.


Clara
jeu 19.03 18H04
Soir