En rentrant dans la cabane, la vue est splendide. Avec ce ciel irisé, Argentine a des airs de skyline américaine. Je balaie plusieurs fois du regard, puis je pense à ce que je ferai après ma veille. Mais Manon m’a dit de rester, alors je reste. Mon regard s’appuie sur chaque centimètre de l’horizon. La contemplation se meut en curiosité. Le clocher penche un peu, ces antennes sont en fait les projecteurs du stade, et ce feu rouge qui me paraissait interminable tout à l’heure passe finalement rapidement.
Un bus passe et croise un groupe de cyclistes, les nuages s’illuminent, décidément il se passe quelque chose. Une musique de Dutronc me vient en tête :
« Il est 9 heures, Beauvais s’éveille ».Quelle est belle, cette constellation de lumières vue d’ici. Chaque lampadaire est une victoire sur l’obscurité. Et enfin, je vois les premiers rayons pointer au-dessus de l’horizon. Une mésange célèbre la venue d’un nouveau jour, les pigeons claquent des ailes et peuvent enfin se réchauffer en haut de l’église Saint-Étienne.
Deux pies jacassent en passant juste devant moi. Elles ne s’attendaient pas à me voir. Ou alors elles se moquent de moi. Après tout, elles ont raison, je pensais faire ici quelque chose d’inédit, combler un manque pour la ville. « Non, soyez rassurés, Beauvaisiens, sur vous, les pigeons veillent ». Et ils veilleront toujours.
De derrière Argentine surgit un Boeing. Il est très haut, mais chez eux, personne ne veille. Dans la veille, ce n’est pas la hauteur qui compte, mais l’intention.
Veiller une heure, avec l’intention d’y passer une heure. Ça change d’une heure sur les réseaux sociaux avec l’intention d’y passer dix minutes.
La veille comme nouvelle mesure du temps qui passe.


Erwan
dim 18.01 8H37
Matin