Je marchais d’un pas vif à travers la ville. J’avais rendez-vous avec l’aurore. Il ne fallait pas être en retard.
J’avais pris place dans la loge surplombant la ville, face à l’est. Dans un creux formé par l’espace entre deux cimes d’arbres, je vis la première lueur rose du soleil levant. Masqué par les nuages, je ne pouvais pas en voir davantage et je trépignais presque intérieurement. Mon regard se porta alors sur un avion décollant vers une destination inconnue, mais assurément lointaine. Puis vers la camionnette d’un artisan que j’imaginais aller travailler. Puis vers le feu piéton, qui était rouge, puis vert. Presque déçu du spectacle que j’étais venu voir, j’étais quand même dans un théâtre, je regardai de nouveau le ciel, cherchant une boule de feu que j’espérais voir.
Je remarquai alors que j’étais observé. Deux yeux cuivrés, au regard perçant, incandescents, me défiaient du regard. Ils me toisaient. Je soutins ce regard jusqu’à ce qu’il s’estompe. Je ne sais pas combien de temps cela dura. Ce fut le début d’une longue immersion en moi-même. J’étais venu au spectacle, habitué à des changements rapides, à des séquences brèves, à la vitesse. Je pris alors conscience de la différence de rythme entre ceux qu’on nous impose et ceux de la nature.
Prendre le temps d’observer un espace immobile. Presque immobiles, les nuages n’étaient pourtant plus les mêmes. Les nuances de couleurs avaient changé et moi, j’étais là, observateur silencieux du duo formé par l’eau et le feu. J’aurais pu rester là des heures, peut-être des jours, à contempler la vie se dérouler.
Mais non. Il y a des choses à faire aujourd’hui.Je repartirai presque comme je suis venu. En marchant. Lentement.


Fabien
sam 30.05 5H49
Matin