Impression de soleil couchant. Je vois la ville, les gens, mais j’ai l’impression que personne ne me voit encore, mais me regarde. Je suis à la vue de tous, mais c’est moi qui les observe. Le jour décline : les voitures, les passants, le temps qui passe. J’imagine mon corps comme un sablier.

Et puis deux personnes, venant de la gauche, arrivent et lèvent la tête, elles me regardent, je suis démasqué. Je suis gêné qu’elles me voient, alors que je regrette que personne ne me regarde. Mon corps réagit : j’ai chaud, je rougis, mon cœur bat plus fort, mon souffle s’intensifie et crée un voile, un écran de buée sur la vitre.

Je m’étais finalement conforté dans cette sorte de moucharabieh contemporain, avec l’idée que personne ne me verrait ; ce ne fut pas le cas.

Les deux personnes m’ont regardé un moment, l’une en faisant des gestes à l’autre, puis elles sont reparties vers la droite.

Je retrouvais mon statut de veilleur qui regarde la ville mais qu’on ne regarde pas.