Le jour se lève. Ce moment de transition, naturellement calme, offre un espace précieux pour se tenir simplement là, attentif.

Le lever du soleil, par une belle journée de mai, possède une beauté singulière, à la fois douce et saisonnière. La lumière ne surgit pas brusquement : elle s’insinue peu à peu, comme une promesse qui se déploie. Le ciel s’ouvre lentement à des nuances subtiles, mêlant les bleus pâles aux teintes rosées et dorées dans une harmonie silencieuse. L’air du matin est encore frais, presque immobile, et semble porter une forme de pureté.

Le lever du jour porte en lui une dimension profondément symbolique. Il évoque un recommencement discret. À cette heure précoce, la ville est calme, l’esprit est frais et dispos, les pensées mûrissent avec simplicité.

Le regard s’attarde sur le paysage, tous ces immeubles imbriqués et, parmi eux, l’église Saint-Étienne, les cloches des églises Saint-Jacques, Saint-Joseph, et celle, au loin, de Marissel. Ce sont pour moi autant de lieux de veille sur notre humanité.

Le moment me permet de poser un nouveau regard sur notre théâtre, ses volumes, son ouverture sur la ville. Je pense à Guy d’Hardivillers, son ancien président, qui l’a tant désiré et a tant œuvré à sa reconstruction. Comme il aurait aimé… cette heure de veille.

Mes pensées vont à Beauvais et à ses habitants, à leurs vies multiples. Je pense à ceux que je connais, mais aussi à tous les autres : à ceux qui dorment encore, à ceux qui se préparent à travailler ou travaillent déjà, à ceux qui souffrent. Derrière la ville visible se dévoile une humanité faite de vies, d’espérances et de fragilités.

Cette heure, je la vis en pleine présence. Je ressens une forme de communion silencieuse. Être là simplement, au cœur de la ville encore endormie, sans chercher à agir ni à convaincre, mais en devenant attentif, constitue une manière de se tenir présent, humblement, dans une disposition de bienveillance et d’attention à l’autre.

Cette heure me rappelle que, dans un monde marqué par la vitesse et le bruit, il est possible de traverser des espaces de silence et de profondeur. Elle nous invite à porter un regard renouvelé sur les autres, à reconnaître derrière chaque vie une personnalité et une histoire, et à cultiver une manière plus profonde d’être parmi les humains.

L’heure se termine. Le soleil est déjà haut, ses rayons nous baignent dans une lumière intense et les douleurs commencent à se faire sentir.

Quel privilège d’avoir vécu ce moment. J’en garderai un souvenir intense.

Merci.