Veilleuse à mon tour ce matin, je ne peux m’empêcher de croire aux signes et à la lumière qu’ils éveillent… Ici, sur la page de gauche du cahier que je tiens désormais entre mes mains, sont couchés les « mots témoignages » d’un veilleur qui était aussi, hier soir, mon voisin de gauche à table, lors de ce dîner partagé entre spectateur·rices et équipe artistique dont je faisais partie.

Je suis profondément émue, touchée par ce tissage de liens, par cette résonance belle et inattendue que j’habite ce matin.

Je suis frappée par le bruit de la ville en éveil, par la multitude de mouvements de véhicules en tout genre qui attirent mon œil à cause de leurs lumières blanches et rouges, encore puissantes à cet instant de l’aube tant l’obscurité enveloppe encore la ville.

Puis l’irréel surgissement d’un avion au loin et sa disparition si soudaine dans l’épaisseur du ciel nuageux, gris, sombre, déplacent rapidement mon regard et mon attention. Me vient alors à l’esprit que bientôt le soleil se lèvera à l’horizon, comme si, d’évidence, l’abri était orienté de manière à ce que cet événement s’inscrive en face de moi. Mais non, bien sûr ! Alors quelque chose comme une angoisse douce s’empare de moi, cherchant à lire le ciel et le paysage pour savoir où se trouve l’Est !

Enfin, quelques lueurs plus intenses de lumière jaune d’or semblent s’intensifier sur la droite du vitrage. Je suppose rapidement que le soleil se cache derrière l’épaisse couche de nuages et que, dès lors, nous sommes plus ou moins orientés nord-est. Ouf, enfin mes yeux peuvent quitter un instant l’horizon et, me tournant vers l’intérieur de l’abri et du bâtiment, j’expérimente de sonder le reflet du paysage de cette ville dans l’autre vitrage de l’abri : le ciel semble plus bleu, le rythme plus doux et lent.

Le soleil me sort de cette rêverie et je ne cesserai, à partir de ce moment, de suivre son chemin d’ascension à travers les multiples strates de nuages en mouvement permanent. Il me semble qu’il cherche sa place, lui aussi, ce matin. Je perçois alors la ligne d’horizon comme un fil tendu cherchant à relier deux temps, celui de la terre et celui du ciel, ou Chronos et Kaïros. Les nuages toujours me rattrapent, ils semblent désormais peignés par les mouvements de l’air. J’attrape la fragilité et l’impermanence de ce paysage pour poursuivre le cours de cette journée particulière : c’est mon anniversaire !

(Une page, c’est court !)