Bonheur d’avoir pu vivre cette pause : être là, ne rien faire, laisser mes yeux vagabonder, mes pensées s’envoler. Découverte de plein de choses nouvelles. Frustration de ne pas avoir une vue à 360°.

J’arrive et je ne sais pas trop ce que je dois regarder, perchée entre ciel et terre. Le ciel d’abord, de plomb strié de bandes plus ou moins claires, mais sans mouvement, puis le parking à mes pieds, comme figé, où rien ne se passe.

Le premier mouvement que je vois, c’est un avion au loin qui s’apprête à atterrir. D’où vient-il ? Puis deux oiseaux se lancent dans un ballet acrobatique, se suivent, se croisent, puis se séparent.

En me serrant dans le coin de mon abri, à droite, je réalise que la ville m’offre les âges qu’elle a traversés : d’abord la majestueuse dame tout en pierres et dentelle avec à ses pieds les constructions d’après-guerre, puis, au loin, comme surgies de terre pour la protéger, 4 tours et le château d’eau de la ZUP.

Et la vieille dame en pierres sait me rappeler que, depuis des siècles, elle veille, sonnant tous les 14 quarts d’heure, résistante au temps qui passe.

Mes yeux redescendent. Je n’avais jamais réalisé que tant de gens marchent seuls ou accompagnés d’un chien. Je n’avais jamais réalisé que tant de bus se croisent.

Et puis l’atmosphère change. Le gris du ciel semble déteindre sur les maisons dont les fenêtres s’allument les unes après les autres comme pour s’en défendre. Les lampadaires du parking prennent vie à leur tour, projetant de la poudre d’or sur les arbustes. Les oiseaux ne se déplacent plus qu’en groupes de plus en plus soudés les uns aux autres : sentent-ils la nuit approcher ? Celle-ci va déployer progressivement son noir manteau sur les rues que je vais parcourir pour repartir, et je ne peux m’empêcher de songer à ces mots : « O nuit, vient apporter à la terre le calme enchantement de ton mystère » (Rameau).

Merci pour cette formidable aventure.