Me voici veilleur. Veiller, non pas surveiller mais veiller sur… porter attention à… la ville. Me voici suspendu entre terre et ciel, dans mon abri de bois et de verre.
Premières impressions : c’est magique, voir la ville de haut. Le regard sautille du centre-ville à l’église de Marissel, à Saint-Jacques, aux tours et au château d’eau de la ZUP. Puis, peu à peu, le calme s’installe. La lumière rasante du soleil éclaire les façades des maisons qui montent à l’assaut de l’Argentine. On dirait des vacanciers au bord d’une plage se dorant dans la lumière bienfaisante.
Je prends conscience alors de ce bourdonnement incessant de la circulation, contrôlé par les feux de circulation. Où vont tous ces gens ? Qu’ont-ils dans le cœur à ce moment précis ? Quels espoirs ? Quelles inquiétudes ?
Peu à peu, par ma droite, je perçois les premiers signes du soir qui arrive. L’intensité lumineuse est moins vive, le temps se fait plus pesant. Les passants semblent plus lourds, emmitouflés dans leurs manteaux, capuche sur la tête. Plus haut, le ciel est encore d’un beau bleu un peu délavé.
Des pigeons, arrivant de nulle part, planent dans l’air en dessinant de drôles de figures, puis rasent les toits et se posent Dieu sait où.
Plus haut encore, des corneilles, souvent par deux ou trois, tracent leur chemin en ligne droite pour regagner, je suppose, leurs abris. Les toits de tuiles prennent tout à coup une couleur de brique sombre. La lumière perd en intensité, sauf les façades des tours de la ZUP qui gardent fièrement leur éclat. La pénombre s’insinue peu à peu dans tous les recoins, les angles morts.
Je songe tout à coup à cette jeune dame souvent assise près de la fontaine, le visage éclairé par un beau sourire. Je songe à cette vieille dame, elle aussi assise dans la rue principale, avec un joli fichu sur la tête, puis à ce jeune homme parcourant la ville ensevelie dans sa parka, traînant toute sa richesse dans trois ou quatre sacs, enfermé en lui-même. Que deviennent-ils quand la lumière disparaît ? Dans quels recoins se terrent-ils ?
Les plaques de neige ont pris une couleur bleutée, toutes les façades sont devenues blafardes. Les premiers réverbères s’allument et je suis seul, veillant.
Tout à coup, on frappe à la porte, on ouvre, et je me sens aspiré, de retour sur terre.
Merci pour cette belle expérience.


Roger
sam 03.01 16H06
Soir