D’abord, l’odeur du bois, chaude et rassurante. Le chalet des grands-parents dans les Alpes.

Puis, le constat que l’objet-abri est vitré des deux faces : je suis heureuse de savoir que, même symboliquement, même sans le voir, je veille aussi l’autre côté de la ville.

Et enfin, la surprise de découvrir que le ciel occupe la moitié du cadre défini par la vitre et le béton du théâtre. Je veille aussi les cieux. Une grosse masse grise plombe l’horizon et, au-dessus de moi, le ciel déjà bleu est zébré de traînées blanchâtres laissées par les vols long-courriers : les voyageurs là-haut qui observent le sol se sentent-ils veilleurs eux aussi ?

Un chant d’oiseau soudain. Il me surprend d’abord, puis me ravit. Les sons sont puissants là-haut ? Ou mon ouïe est aiguisée ?

Une multitude de détails attirent mon regard : là, une lumière court sur une façade, tout près, un portail provisoire confectionné dans un panneau publicitaire… Ma veille revient ? Elle est une sorte de « tentative d’épuisement d’un lien beauvaisien » ?

Et soudain, mon corps est là : le poids de mes mains au bout de mes bras, la chaleur de la plante de mes pieds. Je remue, je mets mes mains dans mes poches.

Je suis là, enfin, vraiment.

Et mon veilleur personnel frappe à la porte.