Ce matin, peu avant l’aube, ma ville s’est gentiment affairée pour me concocter une délicieuse surprise glacée : l’épreuve du patinage artistique !
Verglas sur les routes, encore plus sur les trottoirs, mais je n’ai quand même perdu qu’un seul point en glissant et en tombant, sans me blesser, carrément devant le théâtre.

Ma récompense : un lever du soleil époustouflant, médaille d’or, reposant sur un ciel couleur crème anglaise, entouré de bleu océan, le tout parsemé de nuages gris.
Quel tableau !
Mon papa aurait adoré reprendre ses pinceaux pour immortaliser la scène. Aujourd’hui, il aurait eu 94 ans.
Je me suis inscrite exprès le jour de son anniversaire, en sa mémoire.
Lui qui aimait toujours se lever avant le chant du coq afin d’apprécier en silence l’aube tranquille sous toutes les coutures.
Lui qui, par contre, détestait les hauteurs car il souffrait de vertiges… je suis là pour lui.

Beauvais se réveille – matin hivernal magnifique.
J’entends le grondement sourd, quelque peu inquiétant, du pont de Paris à chaque passage des bus de ville, s’assemblant en troupeau pour ensuite sillonner les rues à la recherche des passagers frigorifiés à avaler.

Le ballet des saleuses vient de commencer : ce n’est pas trop tôt !
Quelques piétons passent, mais personne ne lève la tête pour m’apercevoir, et comme je les comprends…
C’est tellement glissant. Ils avancent à tâtons, tels des pingouins.

Au loin, je discerne l’église de Marissel, dans notre ancien quartier ; plus proche, la Clinique du Parc derrière le clocher de l’église Saint-Jacques.
À gauche, le château d’eau d’Argentine, celui que mes enfants aimaient surnommer « la Tour Magique », avec ses lumières colorées, au retour, le soir, de nos voyages en Angleterre.

Quel privilège, ce matin, de veiller sur ma ville adoptive qui, depuis bientôt 27 ans, veille si bien sur moi.