C’est l’automne. Une heure de passée. À regarder. À regarder si quelqu’un me regardait.
Très peu de personnes lèvent la tête ! Moi le premier, qui me dis parfois : « Mais tu ne regardes jamais les étoiles ! » Un couple : lui plutôt habillé sombre et elle – mais était-ce vraiment une femme ? – tout en rouge. Soudain, j’ai vu qu’elle me regardait, qu’elle regardait s’il y avait bien un « veilleur » et m’a salué, oui : salué ! Et par deux fois. Ça fait du bien ! Car on regarde, et personne ne vous regarde ! Tout le monde va à son occupation, à son but.
Les voitures, les bus, les utilitaires vont et viennent, entrent et sortent. Les feux rouges ponctuent le flux. Ça tourne à droite, va tout droit ou tourne à gauche. Qui pense ? Et qu’ai-je pensé ? Rien. Presque rien. Tiens, les toits sont gris. Les voitures blanches, noires ou grises. Les maisons sans autre couleur particulière.
Le ciel est bas, les nuages couvrent le bleu du ciel ! Qu’ai-je pensé ? Quelques oiseaux, même, sont passés dans le ciel et presque à ma portée, eux aussi sans me voir. Tiens, au loin, un avion qui descend et s’apprête à atterrir. Les personnes, elles aussi, sont habillées tristes.
Heureusement, parfois, un bruit de cloche me sonne le quart d’heure. Et puis j’oublie, mince, je n’ai pas fait attention, j’ai loupé un gong… Quelle heure est-il ? Je me dégourdis un peu les jambes, fais tourner mon pied gauche qui m’en signale le besoin. Et pourtant, je ne vois pas le temps passer. Il fait trop chaud : je baisse le radiateur. Mauvaise chaleur. Beaucoup trop chaud ; à en attraper maladie. Ah, mais maintenant il fait trop froid, je remonte et j’appuie sur le petit plus.
Qu’ai-je pensé d’autre ? Rien de constructif, rien à retenir. Que la ville, ma ville, que je ne connaissais pas sous cet angle. Que je reconnais à peine. Et qu’est-ce que veiller ? Veiller pour qui, pourquoi ? Pour dire « je suis là. Il se passe quelque chose. Venez. Regardez. Écoutez » : « Je veille. Sur qui ? » Veiller signifie être en veille, être éveillé, donc pas endormi. Avec attention. Avec attention ? La ville est un flux et je suis un flux quand je suis immobile et que je ne fais rien d’autre. Rien d’autre que de regarder et de voir, m’apercevoir qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Veiller serait être semi-conscient, entre veille et sommeil ? Là, seul, face à tout ce monde qui va et qui vient.


Alain
mar 25.11 8H16
Matin