Je deviens veilleur, je me sens guetteur dans une tour de château fort. Je guette au loin les renforts attendus, les ennemis redoutés ? Je veille depuis la hauteur la vie humaine qui s’achemine, marchant, courant, portant, en groupe, à deux, seule. Une vie humaine, ce n’est pas rien, pas bénin, je me sens comme un sourire protecteur. Je suis seule, je suis protégée… Je veille.

Une fillette passe et repasse sur sa trottinette. Elle lance la jambe arrière pour démarrer, elle garde l’équilibre, elle file. Tout s’arrête, faut recommencer le mouvement.

Un résumé d’une vie ! Recommencer dans l’arrêt, garder le cap et le mouvement pour avancer.

Une femme âgée passe d’arbuste en arbuste dans son jardinet de résidence collective. « Toi, tu as soif. » « Oh ! Quelle belle fleur, et tu as des boutons prometteurs… » Elle passe, courbée de-ci, de-là, pour prendre soin d’une vie végétale, c’est touchant !

Les oiseaux semblent libres et heureux ? Dans cette ville très habitée. Ils vont haut, les avions laissent des traces dans le bleu, ils sont encore plus hauts. Mais après le haut, il y a toujours plus haut.

Je fatigue d’être debout et détache mon regard pour des pensées intérieures. Mais non, faut guetter, c’était dur d’être guetteur dans sa tour. Puis mes pieds s’enracinent, je deviens tour, bloc, je ne sens plus, c’est différent. Je reprends ma veille, je suis émue de l’humain. Je ressens du bonheur et de la compassion. C’est bon à vivre, tout cela en expérience.