Et voilà, mon tour de veille est terminé…
Je l’ai tant attendu, imaginé, réfléchi… Le matin ? Le soir ? L’été ? L’hiver ? Moi, la noctambule, cela sera finalement le matin, un matin d’automne… Souvent, au cours de ces derniers mois, semaines, ce vendredi 2 octobre trottait dans ma tête. Puis vendredi dernier, je me suis dit « Bientôt ! » Comme les enfants impatients avant Noël, j’ai compté les dodos ! Hier, j’ai senti monter la pression, j’ai mal dormi comme avant un grand événement !

MA VEILLE, ENFIN !

Arrivée dans l’abri, je me suis sentie bien, en sécurité, dans ma bulle, investie de ma mission.
Mon regard s’est d’abord posé sur le paysage, l’horizon avec le soleil qui peinait à sortir de son lit, mer moutonneuse de nuages blancs, puis ces traînées blanches laissées par les avions et qui forment des quadrilatères impeccables avant le bleu du dernier niveau… Un avion est passé devant, prenant la direction du sud-ouest, ma région de cœur, un signe ! Des oiseaux ont fait la course à l’avion et ont gagné ! Dans ma tête, « On dirait le Sud » de Nino Ferrer a succédé au « Jour est levé » de Téléphone…
Mon corps a spontanément été en mouvement de rotation, dessinant le signe de l’infini. Puis, une plume blanche venue de nulle part est descendue devant mes yeux en tourbillons, la plume blanche, un fil rouge me rappelant la présence des miens envolés, toujours trop tôt. Ils me montraient encore qu’ils veillaient sur moi lors de cette veille.

Les pigeons, les vélos, les voitures, les cars, les enfants, les trottinettes, les personnes âgées et les chiens, les ouvriers et leurs outils, les personnes du théâtre et leur café, la vie quoi… Instinctivement, au milieu du parcours, arrêt avec mes mains sur ma poitrine…
Comme pour sentir les battements de mon cœur prendre le rythme plus saccadé de la ville, magique. Mouvement corporel de balancement gauche/droite, parfois recul dans l’abri, mais d’un seul pied en arrière, en retrait parfois, jamais totalement…
La brume s’est invitée au fur et à mesure du lever de soleil, grignotant la plus haute tour du quartier Argentine pour la mettre à égalité avec les plus petites. Puis elle s’est dissipée un peu, marquant la fin de ma veille…

Il y a tant à dire…. Je ne suis pas redescendue, un morceau de moi est resté dans l’abri, un morceau de l’abri restera en moi.