De retour dans la loge, assise devant le grand livre des veilleurs, il est étrange de faire face au grand miroir. Je ne reconnais plus mes traits. Je suis encore là-haut.

Il y a le centre-ville et ses toits rouges, l’église et toutes les variations de vitraux, les quatre grands immeubles d’Argentine et la tour étrange, clignotant du rouge au blanc. En une heure, tout cela s’est noyé dans le bleu du soir. Petit à petit s’allumaient les inventions humaines. D’abord, les phares des véhicules, puis les enseignes des magasins. Tous les lampadaires, brusquement. Quelques fenêtres, enfin.

Seuls quelques passants ont remarqué la veilleuse du soir. Lorsqu’iels s’arrêtaient pour m’observer, je me demandais si j’étais différente des mannequins inquiétants de la tour Boileau. Leur immobilité met mal à l’aise, dans ce monde au mouvement constant.

Voici finalement tout ce que j’ai vu : du mouvement. Même pas seulement celui de mon espèce. Les oiseaux aussi, chantaient encore, tandis que le vent agitait les banderoles du théâtre comme des grands poissons volant hameçonnés aux lampadaires.