6 h 48, j’arrive, curieuse, dans la loge, à l’idée de partager l’expérience de cette performance.
Debout devant la grande baie vitrée, je cherche des repères. À gauche, l’église Saint-Étienne ; au loin, la silhouette de la ZUP, les tours de l’avenue Jean-Moulin, le château d’eau. Devant moi, un clocher assez pointu : l’église Saint-Joseph ? Ou Saint-Jacques ? Non, elle devrait être plus loin… À sa gauche, trois petits clochetons : la chapelle de l’évêché ?
Ensuite, je repère la gare routière. Mais comment s’éveille la ville ? Elle semble encore endormie. Le vent vient de l’est ; la fumée de la cheminée du chauffage urbain l’indique. Un bus passe, un oiseau traverse le ciel…
Soudain, il est là : le soleil. Un quart apparaît derrière le dernier immeuble au bout de la ZUP. Il est d’un orange vif, éblouissant. Le ciel, qui jusque-là était blanc bleuté avec un trait de rose, s’illumine. Petit à petit, le soleil s’arrondit et devient de plus en plus éclatant.
Un bruit de moteur, et là, un avion vient « sauter » au-dessus de l’horizon. Ses passagers sont bien éveillés et prêts à s’envoler vers d’autres horizons.
À mes pieds, en même temps, la ville s’éveille doucement : les bus sont de plus en plus nombreux, puis quelques voitures apparaissent. Quatre oiseaux se posent sur le toit de l’entrée du théâtre et viennent partager le lever du soleil quand, soudain, un premier piéton apparaît. C’est une femme, me semble-t-il. Où va-t-elle ? Qui est-elle ?
Je suis presque heureuse de repérer ce premier être humain.
Je me retourne et aperçois mon ombre sur le mur. Oui, je suis bien là, veilleuse du matin.
J’entends un bruit. C’est fini. L’expérience se termine, mais je ne l’oublierai pas.


Véronique
lun 20.04 6H48
Matin