Ce soir j’ai veillé sur Beauvais, comme Beauvais veille sur moi depuis ma naissance.

Pendant une heure, dans ce temps et cet abri suspendus, sans téléphone, sans bruit inutile, sans autre urgence que celle de regarder, j’ai eu le sentiment rare que le temps acceptait enfin de ralentir.

Au début, on cherche un repère, un arbre, un toit, le clocher de Marissel, une lumière familière. Puis, peu à peu, la ville cesse d’être un décor. Elle devient une présence… Elle respire, elle garde en elle les vies de chacun, les départs, les retours, les souvenirs, mes souvenirs, les promesses.

J’ai regardé Beauvais comme on regarde quelqu’un qu’on aime depuis toujours mais que l’on redécouvre autrement. Ma ville n’est pas seulement faite de pierres, de rues ou de places. Elle est faite de visages, de blessures surmontées, de mains tendues, de matins ordinaires et de soirs inoubliables comme celui-là.

Je me suis senti profondément chanceux, chanceux d’avoir pu m’extraire du mouvement pour mieux admirer ma ville. Chanceux d’habiter Beauvais, de la voir vibrer, parfois douter, souvent se relever.

Et dans ce silence, une pensée s’échappe vers ceux que l’on aime ou qui sont partis mais continuent d’habiter les rues de notre histoire.

Cette heure est passée très vite, trop vite. Mais elle laisse une trace douce, presque intime. Comme si Beauvais m’avait confié quelque chose, comme si, un instant, la ville m’avait regardé aussi.

Merci pour ce moment rare.

Ce soir j’ai veillé sur Beauvais et Beauvais, une fois encore, m’a touché.