À peine arrivée dans cette boîte-objet, entre 4 planches, le soleil pointe à l’horizon. Plus haut dans le ciel, 10 avions scintillent déjà, à la manière de l’écume de mer. Très vite, le soleil rougeoie, semble bouillonner – et bien plus large que ce que je crois.
Une enfant, portée par celle qui veille sur elle depuis toujours, traverse le parvis… Très vite, le soleil se décroche de l’horizon. Un instant plus tard, le premier klaxon retentit. Ça y est, on s’agace.
Les pigeons tournoient, le corbeau croasse. Les vitres, çà et là, reflètent une lumière aveuglante. Je ne sais pas si je veille et ne sais pas sur qui. Un camion de pompiers passe. Plusieurs ambulances. Eux veillent. Tard. Tôt. Et sur tout le monde.
Un papa passe avec sa petite… le pas pressé… et l’entraîne dans sa course pour ne pas être en retard. Sur le pont de Paris, c’est l’heure de l’embouteillage et moi, j’observe le tumulte.
J’ai déjà fait ça, finalement, m’extraire du monde et de son rythme, tandis que des personnes bienveillantes veillaient à ce que je ne finisse pas trop « entre 4 planches »… Ma veillée funèbre attendra, grâce à eux ! Je m’émerveille de ce matin qui s’annonce. Et je suis aussi émue de me demander qui veille sur eux, sur celles et ceux qui veillent sur les uns, sur les autres, qui que nous soyons.
Je suis émue… et un avion atterrit. Un de plus.
J’aimerais qu’on veille sur nous, plus que de se sentir sur-veillés. J’aimerais que le travail de ceux qui veillent sur nous ne soit pas un enfer, et que ces jobs qui consistent à polluer nos existences soient moins confortables.
Je n’ai pas envie d’être défaitiste… Cette journée commence à peine.
Dehors, le tumulte et le bouillonnement ne m’attendent pas, mais j’y vais. Et demain encore, je me réveillerai.
(Merci aux soignants de l’hôpital de Beauvais).
Perrine
mar 22.09 7H37